Un livre, ma foi, ne saurait se substituer à une profession de foi ou à un programme politique.

Un livre, ma foi, ne saurait se substituer à une profession de foi ou à un programme politique. Aussi, s’y adosser pour pour vouer aux gémonies son auteur ou en faire un culte de personnalité me paraît excessif. Ce dont je suis persuadé, c’est que dans chaque ouvrage fut-il fictif, l’auteur laisse une partie de soi.

Des 10 candidats en lice pour l’élection du 6 mai prochain, quatre, à ma connaissance, ont déjà laissé à la postérité un écrit. Comme le LIVRE s’invite au débat, il convient de se faire une idée des livres des candidats, par souci d’équité.

Étant en ce moment à Libreville pour prendre part au Premier Salon de livre Jeunesse, je me suis livré à cœur joie à cet exercice.

Commençons la ronde par l’ouvrage le plus récent DE BÉDOUIN à PRÉSIDENT de Mahamat Idriss Deby ITNO. Dans le cadre d’espèce, une autobiographie, il va de soi, que l’auteur ait narré son existence avec ses sentiments et ses ressentiments. Il faut donc le parcourir entre les lignes pour flairer l’âme de l’homme. Combien d’entre nous l’ont déjà fait ? Personnellement, pas encore dans son entièreté mais j’ai parcouru des extraits. D’emblée, je me réjouis qu’une autorité de cet acabit se raconte. Le titre, assez évocateur, signifierait que l’auteur veut se défaire de l’idée reçue selon laquelle, il est fils de président dont censé ne pas connaître le train train quotidien des tchadiens et qui, par un heureux hasard de circonstance a été propulsé au Palais Rose. Il revendique ses origines modestes de « Bedouin’. La modestie, ici, est il un délit? Ce que je pense de l’ouvrage et de l’opportunité de sa publication, c’est que le Président-candidat confesse que le pouvoir qu’il exerce en ce moment est un don de Dieu et que, la voix du peuple étant celle de Dieu, il la sollicite donc pour continuer sa mission.

Massra Succès, plume précoce, avait commis un pamphlet cosigné avec mon ami personnel Beral Mbaikoubou intitulé ELOGES DES LUMIÈRES OBSCURES: du sacre des cancres à la dynastie des pillards psychopathes.. C’est un coup de gueule contre un système et ceux qui l’incarnent pour lequel l’auteur a dû recourir au pardon, tandis que son co- auteur Beral s’assume. Cette attitude laisse entrevoir la fougue juvénile qui animait Masra à la rédaction de cette ouvrage. Après qu’il ait flirté avec l’exercice du pouvoir, on peut, sans risque de se tromper, affirmer que la relecture de son livre ne saurait se faire sans amertume. Or , vous conviendrez avec moi qu’une conviction politique peut chanceler. Mais un livre est intemporel.Avant de prendre sa plume pour déflorer la feuille blanche ou mettre les doigts sur son clavier d’ordinateur, il faut s’assurer que ces idées sont loin d’être fugaces.

Pahimi Padacké Albert, dans son essai intitulé L’AFRIQUE EMPOISONNÉE: pathologie et thérapie des conflits, s’appesantit sur les maux qui minent l’Afrique et , s’appuyant sur sa longue expérience de la haute administration et du cercle du pouvoir, propose des pistes de solution. L’on pourrait donc en retenir que l’auteur se positionne comme un acteur engagé de la Renaissance africaine…

Nasra Djimasngar, dans ses écrits, UN NOUVEAU JOUR et l’ETRE HUMAIN FACE À DIEU, FACE À LUI-MÊME, transparaît la foi. La piété qu’il exhalte attesterait de sa désapprobation d’une gouvernance aux antipodes de la transparence. Peut- être souhaiterait-il que chez nous, la politique soit une affaire de moines et de fakirs afin qu’un nouveau jour pointe à l’horizon ! Contrairement aux 3 autres auteurs -candidats à la présidentielle, il a fait confiance à l’édition locale.

En attendant de lire avec plaisir ma sœur Lydie Beassemda et mes frères Bongoro Théophile, Balthazar Djarma, Brice Mbaimon, Lopsekreo et Yacine Sakine , tous candidats par ailleurs, je nous exhorte à un sursaut d’orgueil patriotique pour ne pas verser dans une polémique stérile autour d’un livre, fut-il celui du Président.

Mon humble avis est que, ce n’est pas autour d’un livre quelconque, ni la Bible et le Coran que les tchadiens seront appelés à voter le 06 mai prochain. Que les non-lecteurs laudateurs et autres détracteurs tous azimuts mettent de l’eau dans leur vin pour éviter l’ivresse, source d’animosité.

J’ai bon espoir que la personne qui présidera aux destinées du Tchad, au sortir des urnes, ne perdra pas de vue la promotion du livre, véhicules du savoir et de la culture, chère à nous autres.

Bon combat d’idées aux 10 candidats et leurs partisans pendant la campagne qui s’ouvre le 14 avril.

Renaud Dinguemnaial, écrivain-editeur

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