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Tchad : Mahamat Idriss Déby Itno retourne sur le terrain, au chevet d’un pays sous pression sécuritaire

Le président tchadien entame ce samedi 7 novembre 2026 une nouvelle tournée sécuritaire dans plusieurs provinces. Objectif affiché, évaluer la situation sur le terrain, renforcer les dispositifs frontaliers et réaffirmer le soutien de l'État aux forces de défense. Mais derrière l'exercice de commandement, c'est la capacité du Tchad à transformer des interventions d'urgence en paix durable qui est en jeu.

Lunus Fogap Mis à jour le

Le Maréchal Mahamat Idriss Deby Itno

Selon un communiqué de la Direction générale de la communication de la Présidence, le Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno doit rencontrer les commandements militaires, les autorités administratives et les responsables communautaires. Ni les provinces concernées ni la durée du périple ne sont précisées. Un flou qui n’empêche pas de lire l’urgence. Le Tchad cumule les foyers d’instabilité. À l’ouest, Boko Haram et l’État islamique continuent de menacer le bassin du lac Tchad. À l’est, la guerre soudanaise, déclenchée en avril 2023 entre l’armée et les Forces de soutien rapide, a transformé la frontière en espace d’urgence humanitaire et de vigilance militaire. Au nord, trafics transfrontaliers, orpaillage clandestin et groupes armés entretiennent une instabilité persistante. Au sud et au centre, les conflits entre agriculteurs et éleveurs, aggravés par la circulation des armes et la compétition foncière, rappellent qu’une menace contre la paix ne porte pas toujours l’uniforme d’un mouvement rebelle. Les Nations unies ont recensé plus de 5 800 incidents sécuritaires au Sahel en 2025, entraînant près de 16 000 décès. Un chiffre qui donne la mesure de la pression qui pèse sur le pays.

Une présidence habituée au terrain

Mahamat Idriss Déby Itno n’en est pas à sa première descente. En juin 2023, à Adré, dans la province du Ouaddaï, il s’était rendu à proximité immédiate de la frontière soudanaise pour évaluer l’arrivée massive de réfugiés. En octobre et novembre 2024, dans la province du Lac, sa présence avait pris une dimension opérationnelle après l’attaque meurtrière de Boko Haram contre l’île de Barkaram, qui avait coûté la vie à une quarantaine de soldats selon le bilan officiel initial. L’opération Haskanite, lancée en riposte, s’était achevée le 18 février 2025 avec 297 combattants neutralisés selon l’état-major. Une victoire militaire qui n’a pas éradiqué la menace. Dans la nuit du 4 au 5 mai 2026, une nouvelle attaque attribuée à Boko Haram contre la position de Barka Tolorom a tué 23 militaires et fait 26 blessés. Autre précédent, du 28 avril au 2 mai 2026, après les violences intercommunautaires d’Igot, dans le Dar Tama, qui ont fait au moins 42 morts, le président s’était rendu dans le Wadi-Fira pour renforcer la surveillance frontalière et promouvoir le désarmement des civils. Des visites qui produisent des effets concrets, opérations, mesures sécuritaires, mobilisation des autorités locales, mais qui ne suppriment pas les causes profondes des conflits.

Novembre 2026, la menace venue de l’intérieur

L’actualité récente donne une résonance particulière à cette nouvelle tournée. Le 30 octobre 2026, des affrontements entre éleveurs et agriculteurs dans la zone de Koula, au sud-ouest du pays, ont fait au moins 25 morts et 22 blessés. À l’origine, un différend autour d’un point d’eau, transformé en affrontement armé. Une délégation gouvernementale a été dépêchée sur place et 39 personnes ont été interpellées. Le paradoxe tchadien saute aux yeux. Alors que l’armée dispose d’une longue expérience des opérations extérieures et de la lutte contre les rébellions, des différends locaux autour d’une mare ou d’un couloir de transhumance peuvent encore provoquer des dizaines de morts. Dans ces territoires, la prévention des conflits, le désarmement effectif, l’impartialité de l’administration et l’accès à la justice deviennent aussi déterminants que la présence militaire. À l’est, le risque prend une autre dimension. Le 26 août 2026, l’Union africaine a exprimé sa préoccupation après des informations faisant état de frappes aériennes survenues le 20 août à l’intérieur du territoire tchadien, dans l’Ennedi-Est, en lien avec le conflit soudanais. L’organisation continentale a appelé au respect de l’intégrité territoriale du Tchad. Parallèlement, le HCR signalait en septembre une accélération des arrivées de réfugiés soudanais, avec plus de 400 personnes franchissant quotidiennement la frontière durant une semaine, soit vingt fois le rythme observé auparavant. Le Tchad accueillait déjà, au début de 2026, plus de 1,5 million de réfugiés de différentes nationalités.

 Après le retrait français, l’épreuve de la souveraineté

La tournée du 7 novembre s’inscrit dans une nouvelle séquence géopolitique. Le 28 novembre 2024, N’Djamena annonçait la fin de ses accords de coopération militaire avec la France. Le retrait des derniers soldats français, achevé le 30 janvier 2025, a refermé un chapitre majeur de l’histoire sécuritaire tchadienne, dans le sillage des ruptures entre Paris et les autorités du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Pour le Tchad, cette configuration implique une responsabilité accrue. Organisation de la défense, surveillance des frontières, diversification des partenariats. Mais la souveraineté sécuritaire ne se mesure pas seulement à l’absence de forces étrangères. Elle repose sur des capacités opérationnelles, des renseignements fiables, une logistique adaptée, des institutions solides et la confiance entre l’État et les citoyens. Le souvenir de la disparition du président Idriss Déby Itno, en avril 2021, après des combats contre une rébellion venue du Nord, demeure un rappel historique de la sensibilité des questions de commandement.

La présence au front, nécessaire mais insuffisante

Un chef de l’État qui se déplace dans une province sous tension peut accélérer les décisions, mobiliser les administrations et renforcer le moral des troupes. Dans un pays immense, où l’éloignement et les difficultés de communication compliquent la remontée des informations vers le pouvoir central, cette proximité présente un intérêt réel. Mais l’efficacité d’une tournée ne se juge pas à son déroulement. Elle s’apprécie à ses conséquences. Les civils peuvent-ils circuler sans crainte ? Les déplacés retrouvent-ils leurs villages ? Les communautés bénéficient-elles de mécanismes crédibles de règlement des différends ? Les armes illégales sont-elles réellement retirées ? Les responsables de violences sont-ils poursuivis, quelle que soit leur appartenance ? Autant de questions qui dépassent le cadre militaire et touchent à la gouvernance territoriale, à la justice et à la gestion des ressources naturelles.

 L’enjeu véritable, anticiper plutôt que réagir

Entre offensives jihadistes, conséquences de la guerre soudanaise, menaces sahariennes et violences intercommunautaires, le Tchad doit gérer simultanément plusieurs formes d’insécurité aux causes et aux modes de résolution différents. L’histoire récente montre que la présence présidentielle peut favoriser des réponses rapides. Elle enseigne aussi que les menaces resurgissent dès que les interventions ne s’accompagnent pas d’une stratégie durable de prévention, de justice et de développement local. La question n’est donc pas seulement de savoir où le président se rendra, mais quelles décisions en sortiront, quels moyens seront mobilisés et quels résultats pourront être vérifiés dans les mois suivants. Dans un Sahel où les crises franchissent les frontières plus vite que les solutions politiques ne se construisent, le Tchad ne peut plus se contenter de répondre aux urgences. Il doit apprendre à les devancer. Car si les frontières se défendent avec des soldats, la stabilité d’une nation se consolide aussi par la justice, la confiance et la paix entre ses citoyens.

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Lunus Fogap

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