L’épidémie de dengue prend une ampleur préoccupante au Tchad. Devant la Représentation nationale, ce mercredi 4 novembre 2026, le ministre de la Santé publique et de la Prévention, Dr Abdelmadjid Abderahim, a présenté un nouveau bilan faisant état de 6 275 cas suspects, 353 cas confirmés et 18 décès, selon les données arrêtées au 3 novembre. Désormais présente dans six provinces, dont N’Djamena, la maladie place les autorités sanitaires face à un défi majeur. Contenir sa propagation, renforcer les capacités de prise en charge et éviter que la pression épidémique ne se traduise par un bilan humain plus lourd.
Une progression qui interpelle les autorités
Les chiffres communiqués devant les députés donnent la mesure de la situation épidémiologique. Avec 6 275 cas suspects recensés, dont 353 confirmés et 18 décès enregistrés, la dengue s’impose comme une préoccupation majeure de santé publique. Le phénomène ne se limite plus à la capitale. Six provinces sont actuellement concernées, à savoir N’Djamena, le Wadi Fira, le Ouaddaï, le Sila, le Batha et l’Ennedi Ouest. Cette extension géographique complique davantage la riposte. Elle impose une surveillance renforcée des foyers de transmission, une capacité de diagnostic suffisante et une coordination efficace entre les structures sanitaires des différentes zones touchées. L’évolution des données mérite également une attention particulière. Le bilan publié à la fin du mois d’octobre faisait état de 4 600 cas suspects, 353 cas confirmés et 14 décès. Le nouveau point communiqué au Parlement traduit ainsi une augmentation du nombre de cas suspects et des décès recensés, tandis que le nombre de confirmations demeure inchangé dans les chiffres présentés.
Une pression sanitaire qui appelle une réponse à la hauteur
Au-delà des statistiques, la capacité du système de santé à absorber l’afflux de patients constitue l’un des principaux enjeux de cette crise. Lors d’une réunion stratégique tenue le 2 novembre, le gouvernement avait déjà reconnu une forte pression sur les établissements sanitaires, certains dépassant leurs capacités habituelles d’accueil. Face à cette situation, le Premier ministre, Allah Maye Halina, a annoncé une série de mesures d’urgence. Parmi elles figurent la gratuité totale de la prise en charge de la dengue dans les structures sanitaires publiques, incluant les consultations, les examens de laboratoire et les soins, ainsi que le renforcement des capacités hospitalières par l’installation de lits supplémentaires et de tentes médicalisées. Le dispositif prévoit également une semaine spéciale de salubrité, l’élimination des eaux stagnantes, la destruction des gîtes larvaires et la désinsectisation des avions et des moyens de transport collectif. Une mobilisation nationale associant les médias, les organisations de la société civile, les collectivités territoriales et les populations a également été annoncée. Ces décisions traduisent une volonté de renforcer la riposte sur plusieurs fronts : médical, environnemental et communautaire. Leur efficacité dépendra cependant de leur mise en œuvre effective et de leur déploiement jusque dans les zones les plus exposées.
La prévention, un maillon essentiel de la riposte
La lutte contre la dengue ne saurait reposer exclusivement sur les structures hospitalières. Transmise par la piqûre de moustiques infectés, principalement du genre Aedes, la maladie nécessite une action préventive au plus près des populations. L’assainissement des quartiers, la suppression des eaux stagnantes, la protection des récipients de stockage d’eau et la destruction des lieux de reproduction des moustiques constituent des mesures essentielles pour limiter la transmission. Dans un communiqué publié le 3 novembre, l’Ordre national des pharmaciens du Tchad a également appelé les populations à éviter l’automédication et à consulter rapidement les structures sanitaires en présence de symptômes évocateurs. Il a notamment mis en garde contre l’utilisation de l’aspirine et de l’ibuprofène en cas de dengue suspectée ou confirmée, en raison des risques de complications hémorragiques. La sensibilisation doit ainsi dépasser les campagnes ponctuelles pour devenir un véritable réflexe collectif, dans les ménages, les établissements scolaires, les marchés et les lieux de rassemblement.
Au-delà des annonces, l’exigence des résultats
L’interpellation du ministre devant l’Assemblée nationale intervient dans un contexte où les attentes des populations sont particulièrement fortes. La présentation des chiffres constitue une étape importante de l’information publique, mais elle appelle également des réponses précises sur les moyens mobilisés, les capacités de dépistage, la disponibilité des soins et le suivi des patients. La question de la mortalité mérite, elle aussi, une transparence rigoureuse. Le 2 novembre, le ministre avait précisé que tous les décès enregistrés à N’Djamena n’étaient pas nécessairement liés à la dengue, appelant les établissements sanitaires à mieux documenter les décès survenus dans leurs services. Dans ce contexte, la publication régulière de données fiables, ventilées par province, ainsi que la distinction entre cas suspects, cas confirmés et décès effectivement attribuables à la maladie, sont indispensables pour éclairer l’opinion et orienter les décisions sanitaires.
Désormais, l’enjeu pour les autorités tchadiennes ne se limite plus à constater l’évolution de l’épidémie. Il consiste à transformer les mesures annoncées en résultats tangibles : des soins accessibles, des hôpitaux capables d’accueillir les malades, une surveillance épidémiologique renforcée et une prévention réellement portée par les communautés. Face à la dengue, c’est autant la capacité de réaction du système sanitaire que la mobilisation de l’ensemble de la société qui est mise à l’épreuve.



