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Tchad – Mines : Pourquoi le ministère retire-t-il le Guichet Unique à la SONEMIC ?

C’est un changement majeur dans la gouvernance minière. Par note circulaire du 21 septembre 2026, le ministère des Mines, du Pétrole et de la Géologie a annoncé que le Guichet Unique de l’or et des pierres précieuses passe désormais sous sa responsabilité directe, via ses services dédiés. Une décision qui acte le dessaisissement de la Société Nationale d’Exploitation Minière et de Contrôle (SONEMIC).

Mme Fatimé Haram Acyl. / Ministre chargée des Mines, du Pétrole et de la Géologie du Tchad

Auparavant placée sous la tutelle de la SONEMIC, cette structure stratégique est la porte d’entrée obligatoire pour toutes les procédures liées aux autorisations, ainsi qu’aux activités d’achat, de vente, d’importation et d’exportation de l’or et des pierres précieuses sur l’ensemble du territoire tchadien. Ce dessaisissement au profit de l’administration centrale n’est pas anodin. Il révèle une volonté claire de l’État de reprendre le contrôle d’une filière jugée stratégique, sensible et longtemps critiquée pour son opacité.

Le premier enjeu de cette mesure est institutionnel. La SONEMIC assurait à la fois le rôle d’opérateur minier et celui de régulateur. Une double casquette qui créait un conflit d’intérêts manifeste : elle était juge et partie. En rattachant le Guichet Unique à ses services dédiés, le ministère sépare le régulateur de l’opérateur, une exigence de bonne gouvernance réclamée depuis des années par les partenaires techniques et financiers.

Le second enjeu est économique et sécuritaire. Malgré le boom aurifère dans le Tibesti, le Ouaddaï et le Batha, l’État tchadien ne capte qu’une infime partie des retombées. Selon le Small Arms Survey, la quasi-totalité de l’or extrait au Tibesti a été exportée vers les comptoirs de Dubaï, souvent sans déclaration douanière. Des rapports de SWISSAID et de l’ONU documentent ces circuits transfrontaliers organisés via le Soudan et la Libye vers les Émirats. En reprenant la main sur les autorisations, le ministère entend sécuriser les recettes fiscales et douanières et faire de l’or le second pilier budgétaire après le pétrole.

Troisième défi, la crédibilité internationale. Aujourd’hui, l’or tchadien souffre d’un déficit de traçabilité. Pour être vendu à bon prix sur le marché international et attirer des investisseurs sérieux, il doit être certifié conforme aux normes internationales de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Un contrôle direct par l’État est un gage de transparence indispensable pour intégrer les chaînes de valeur mondiales légales.

Cette réforme vise enfin à assainir le terrain. Des milliers d’orpailleurs artisanaux, de collecteurs et de comptoirs opèrent dans une précarité et une informalité généralisées. Désormais, toute activité sera conditionnée à une autorisation délivrée et strictement contrôlée par le ministère lui-même, avec l’ambition de formaliser, organiser et sécuriser ce secteur vital pour des milliers de familles.

 

Biaktchebo Emmanuel

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