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Xi Jinping à Washington : « Tout à gagner de la coopération, tout à perdre de la confrontation »

À Washington, où il a rencontré Donald Trump les 24 et 25 septembre, Xi Jinping a appelé les États-Unis à privilégier la coopération et à contenir la confrontation. Sur fond de tensions commerciales, de rivalité technologique et de bras de fer autour des terres rares et de Taïwan, le président chinois défend une compétition encadrée entre les deux puissances.

Xi Jinping - Donald Trump
Xi Jinping - Donald Trump

 

À la Maison-Blanche, les 24 et 25 septembre, Xi Jinping et Donald Trump ont affiché leur volonté d’éviter une nouvelle escalade entre les États-Unis et la Chine. Mais derrière les poignées de main et les déclarations de coopération, les divergences restent profondes. Commerce, terres rares, intelligence artificielle, semi-conducteurs et Taïwan, la relation sino-américaine entre dans une nouvelle phase, celle d’une rivalité que les deux puissances cherchent à contenir. « Tout à gagner dans la coopération et tout à perdre dans la confrontation. » À Washington, Xi Jinping a résumé en quelques mots l’équation à laquelle sont confrontées les deux premières puissances économiques mondiales. Le président chinois, reçu par Donald Trump à la Maison-Blanche, n’a pas cherché à nier la compétition entre Pékin et Washington. Il a plutôt appelé à lui fixer des limites. Une compétition « saine et bien délimitée », a-t-il plaidé, comparable à une course dans laquelle chaque concurrent cherche à progresser sans chercher à faire tomber l’autre. Derrière cette formule diplomatique se dessine une réalité plus pragmatique, les États-Unis et la Chine ne cherchent plus nécessairement à mettre fin à leur rivalité, mais à éviter qu’elle ne dégénère.

Une poignée de main, mais pas de réconciliation

La visite de Xi Jinping à Washington constitue un moment diplomatique important. Elle intervient après plusieurs années de tensions commerciales et stratégiques, marquées par des droits de douane, des restrictions technologiques et une compétition croissante autour des chaînes d’approvisionnement. Le face-à-face entre les deux dirigeants intervient surtout dans un contexte où les rapports de force ont changé. Le différend sino-américain ne se limite désormais plus au commerce. Il touche aux semi-conducteurs, à l’intelligence artificielle, aux investissements, aux minerais critiques, à la sécurité nationale et à l’équilibre stratégique en Asie. La guerre commerciale est devenue une bataille pour les technologies, les ressources et les chaînes de valeur du XXIᵉ siècle. C’est précisément ce qui rend toute escalade particulièrement coûteuse pour les deux camps.

Les terres rares, arme stratégique de Pékin

Parmi les dossiers les plus sensibles figurent les terres rares. Ces minerais sont indispensables à la fabrication de nombreux produits technologiques, des véhicules électriques aux équipements électroniques, en passant par certaines applications militaires et les technologies liées aux énergies renouvelables. La Chine occupe une position dominante dans leur extraction, mais surtout dans leur transformation et leur raffinage. Cette position lui confère un levier considérable face aux économies qui dépendent de ses exportations. Pour Washington, réduire cette dépendance est devenu un enjeu stratégique. Mais reconstruire des capacités minières et industrielles capables de remplacer rapidement les chaînes chinoises est un processus long et coûteux.

Pékin dispose donc d’un moyen de pression important.

Washington, de son côté, possède ses propres instruments : droits de douane, restrictions à l’exportation de technologies avancées, contrôle des investissements et mesures visant certains acteurs chinois. La confrontation ne se joue donc plus seulement sur les marchandises. Elle se joue sur les dépendances. L’intelligence artificielle, nouveau front de la compétition. L’autre grand terrain de rivalité est désormais l’intelligence artificielle. Washington et Pékin veulent conserver une longueur d’avance dans les modèles d’IA, les puces électroniques, les infrastructures de calcul et les applications industrielles et militaires. Mais l’IA introduit aussi une contradiction nouvelle. Les deux puissances peuvent être concurrentes dans la course technologique tout en ayant intérêt à coopérer sur la maîtrise des risques liés à cette technologie. Xi Jinping a ainsi appelé à un développement de l’intelligence artificielle placé sous contrôle humain et susceptible de bénéficier à l’ensemble de l’humanité. Cette approche illustre peut-être le futur de la relation sino-américaine : une coopération limitée sur certains sujets, une compétition féroce sur d’autres.

Taïwan, la ligne rouge

Mais aucun dossier ne pèse autant sur la stabilité de la relation que Taïwan. Pour Pékin, la question relève de la souveraineté nationale et constitue une ligne rouge majeure. Pour Washington, elle s’inscrit dans l’équilibre stratégique de l’Indo-Pacifique et dans ses engagements envers ses partenaires régionaux. C’est ici que la rivalité économique et technologique peut changer de nature. Un différend commercial peut se négocier. Une restriction technologique peut être ajustée. Une crise autour de Taïwan pourrait, elle, avoir des conséquences militaires et internationales autrement plus lourdes. D’où l’importance de l’appel chinois à la « non-confrontation et au non-conflit ». Xi Jinping a également évoqué le risque du « piège de Thucydide », qui désigne le danger d’un affrontement entre une puissance dominante et une puissance montante.

Une trêve commerciale, pas une paix économique

Les discussions de Washington peuvent ouvrir une période de désescalade, mais elles ne règlent pas les désaccords de fond. Les deux pays restent engagés dans des négociations sur les droits de douane, les terres rares, les achats agricoles américains, les chaînes d’approvisionnement et plusieurs dossiers liés au commerce. Des mécanismes de dialogue doivent également permettre d’éviter que les tensions ne dégénèrent à nouveau. Mais désescalade ne signifie pas réconciliation. Les divergences structurelles demeurent : modèles économiques, politique industrielle, accès aux marchés, technologies sensibles, investissements, sécurité nationale et influence stratégique en Asie. Le sommet de Washington ressemble donc davantage à une tentative de stabilisation qu’à un changement de cap historique.

Une rivalité qui concerne toute la planète

Ce face-à-face dépasse largement Washington et Pékin. Lorsque les deux puissances imposent des droits de douane, restreignent l’accès à certaines technologies ou contrôlent les exportations de minerais stratégiques, les conséquences se répercutent sur l’ensemble de l’économie mondiale. Les constructeurs automobiles, les fabricants de composants électroniques, les industriels de la défense, les entreprises technologiques et les investisseurs sont directement concernés. L’Europe, le Japon, l’Inde et les pays producteurs de matières premières observent donc avec attention cette relation dont dépend une partie de la stabilité des chaînes commerciales mondiales. Pour les économies africaines également, l’enjeu est loin d’être secondaire. La demande mondiale en minerais critiques, la transition énergétique et la compétition pour l’accès aux ressources africaines pourraient donner au continent une importance croissante dans cette nouvelle bataille géoéconomique.

Pékin et Washington condamnés à composer

La Chine ne peut ignorer le poids financier, technologique et militaire des États-Unis. Washington, de son côté, ne peut effacer en quelques années l’interdépendance industrielle construite avec Pékin. Les deux puissances disposent de moyens considérables pour se faire pression mutuellement. Mais chacune sait aussi qu’une confrontation prolongée aurait des répercussions bien au-delà de leurs frontières. C’est toute l’ambivalence de la relation actuelle. Ils sont concurrents, mais interdépendants. Rivaux, mais contraints au dialogue. La visite de Xi Jinping à Washington ne marque donc pas la fin du bras de fer sino-américain. Elle révèle plutôt une nouvelle logique, celle d’une rivalité maîtrisée, où chaque camp cherche à défendre ses intérêts sans franchir les seuils susceptibles de transformer la compétition en crise ouverte. La formule de Xi Jinping prend alors tout son sens : « Tout à gagner dans la coopération, tout à perdre dans la confrontation. » La question désormais n’est plus de savoir si Washington et Pékin seront concurrents. Ils le seront. L’enjeu est de déterminer jusqu’où ils accepteront d’aller dans cette compétition et quelles limites ils seront capables de préserver pour éviter qu’une rivalité économique et technologique ne bascule en confrontation stratégique. À Washington, Xi Jinping a posé le principe. La compétition, oui. La confrontation, non.

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