À Farcha, un bébé de deux ans est victime d’un viol présumé. Cette nouvelle effroyable, qui a éclaté sur les réseaux sociaux ce vendredi 6 février 2026, plonge la capitale tchadienne dans la consternation et ravive une colère sourde. Elle expose une fois de plus le fossé béant entre les condamnations officielles répétées et l’absence criante d’actions concrètes et pérennes pour protéger les femmes et les enfants. Alors que le silence du ministère en charge de ces dossiers se fait assourdissant, la population s’interroge : à quand la fin de l’ère des simples communiqués ?
Une information d’une gravité extrême, abondamment relayée ce vendredi sur les réseaux sociaux, fait état de l’accusation portée contre un homme âgé de 45 ans, soupçonné d’avoir violé un bébé de deux ans au quartier Farcha, dans le premier arrondissement de la ville de N’Djamena. Si les faits restent à être établis par la justice, la seule évocation d’un tel acte a provoqué une onde de choc au sein des populations du premier arrondissement et bien au-delà.
Un crime odieux qui plonge N’Djamena dans l’émoi
L’émoi est à la hauteur de l’horreur présumée. Colère, indignation et incompréhension dominent les réactions. Au-delà du choc, cette affaire relance avec acuité un débat ancien mais toujours brûlant : celui de la capacité et surtout de la volonté des pouvoirs publics à passer des condamnations de principe à des actions concrètes et durables pour endiguer les violences faites aux femmes et aux enfants au Tchad.
Jusqu’ici, le ministère en charge de la Femme et de la Petite Enfance n’a pas officiellement réagi à cette information pourtant d’une portée nationale. Un silence qui interroge, tant ce département ministériel s’est illustré, par le passé, par une communication abondante faite de communiqués de condamnation à chaque drame touchant les femmes et les enfants. Une posture désormais perçue par une partie de l’opinion comme répétitive, voire déconnectée des réalités du terrain. Pour rappel, dans un communiqué signé le 19 août 2025, la Ministre d’État, Ministre de la Femme et de la Petite Enfance, avait condamné « avec la plus grande fermeté » le massacre sauvage de deux jeunes enfants âgés respectivement de 3 et 5 ans, annonçant en grande pompe que les responsables seraient « poursuivis et punis avec toute la sévérité de la loi », en collaboration avec le ministère de la Justice. À ce jour, aucune information crédible ne fait état d’actions judiciaires concrètes ni de suivi institutionnel de ce dossier.
La crédibilité de l’action publique en question
Dans la même veine, le 24 août 2025, la nation était à nouveau frappée par des crimes d’une barbarie insoutenable visant lâchement des femmes et des enfants. Là encore, dans un communiqué signé le 27 août 2025, la Ministre d’État avait condamné « avec la dernière énergie » et promis des poursuites « sans relâche ». Promesses restées, selon de nombreux observateurs, sans effets visibles. Le 11 décembre 2025, un autre drame impliquant un gendarme ayant ôté la vie à son épouse et grièvement blessé son fils avait suscité une nouvelle condamnation officielle. Quelques semaines plus tôt, le 20 novembre 2025, à la suite de la diffusion d’une vidéo montrant une adolescente torturée pour un présumé vol d’enfant, la même autorité ministérielle annonçait l’ouverture d’une enquête pour établir les responsabilités pénales. Là encore, l’opinion attend toujours des résultats tangibles.
Au regard de cette succession de faits tragiques et de réactions institutionnelles sans lendemains clairement identifiables, les populations s’interrogent de plus en plus ouvertement sur le rôle réel et l’importance du ministère dédié à la protection des femmes et des enfants. À quoi sert un département ministériel si son action se limite à des déclarations de circonstance, sans mécanismes pérennes de prévention, de protection des victimes, d’accompagnement judiciaire et de sanctions effectives ? L’affaire de Farcha, pourrait-elle constituer un tournant ?sera-t-elle à l’origine d’une rupture avec la politique des communiqués et l’adoption d’initiatives courageuses, visibles et durables ? Les violences continueront-elle de prospérer dans une inquiétante opacité, au détriment des plus vulnérables ? La parole publique, vidée de sa substance, finira par perdre toute crédibilité ?
Lunus Fogap

