C’est un rituel bien connu des grandes messes économiques : des signatures, des poignées de main, des sourires de circonstance. Puis, le silence des projets qui n’avancent pas. Ce vendredi 4 septembre à l’Hôtel des Finances de N’Djamena, le gouvernement tchadien a voulu briser cette malédiction. En réunissant autour d’une même table les banques, le patronat et les pouvoirs publics, il a posé un acte concret : une convention-cadre pour financer 17 entreprises, représentant 446 milliards de francs CFA d’engagements pris à Abou Dhabi. Mais au Tchad, comme ailleurs, un accord d’investissement n’est qu’un bout de papier. Le vrai combat commence maintenant : celui du passage à l’acte.
De la pompe à l’usine : le nerf de la guerre
Le mot est lâché par le ministre du Commerce et de l’Industrie, Dr Guibolo Fanga Mathieu : « Il ne s’agit plus de promettre, mais de produire. » Derrière cette injonction, une réalité brutale : l’économie tchadienne, trop longtemps dépendante des hydrocarbures, doit se réinventer. Et pour cela, elle a besoin de capitaux, mais aussi de projets bancables. C’est là que le bât blesse. Les 446 milliards annoncés couvrent des secteurs clés ; agro-industrie, matériaux de construction, télécommunications, métallurgie mais leur concrétisation bute sur un obstacle de taille : le crédit. Les banques, représentées par leur président Hachim Ibn Oumar, ont été claires : « Nous sommes prêts à financer, mais à condition que les dossiers soient solides, avec des études de faisabilité, des débouchés identifiés et des garanties adaptées. » Un message qui sonne comme un avertissement. Sur les 8 300 milliards de francs CFA que le secteur privé est censé mobiliser dans le cadre du plan « Tchad Connexion 2030 » (sur un total de 18 000 milliards), seule une fraction est aujourd’hui véritablement engagée.
Les PME, grandes oubliées des grandes annonces ?
Dans ce ballet des grands chiffres, une voix s’élève pour rappeler une évidence : l’économie tchadienne, c’est d’abord des petites et moyennes entreprises. Le président du patronat, Bichara Doudoua, a salué l’initiative, mais il a aussi glissé une inquiétude : « Ne laissons pas les PME au bord du chemin. » Car si les grands projets attirent les projecteurs, ce sont les PME qui créent l’essentiel des emplois. Or, elles pâtissent d’un accès au crédit quasi inexistant, d’une informalité chronique et d’un manque de structuration. Leur faire une place dans ce nouveau dispositif est un défi aussi vital que complexe. Le gouvernement promet des mécanismes de financement conjoint et de partage des risques, mais les détails restent flous. Et le temps presse.
Un pari sur l’avenir, une dette envers le présent
Le plan « Tchad Connexion 2030 » est ambitieux : 30 milliards de dollars d’investissements sur cinq ans, une diversification de l’économie, une réduction de la dépendance au pétrole. Sur le papier, c’est une feuille de route cohérente. Dans les faits, c’est un pari risqué. Le pays manque d’infrastructures, de compétences techniques et d’un environnement des affaires véritablement stabilisé. Les banques, certes partenaires, ne sont pas des philanthropes. Elles exigeront des retours sur investissement. Et les entreprises, tchadiennes ou étrangères, attendent des gages de stabilité et de transparence. Le ministre d’État chargé des Finances, Tahir Hamid Nguilin, a promis une « mobilisation des administrations » pour faciliter les choses. Mais les administrés, eux, jugeront sur pièces.
Les prochains rendez-vous : Paris, novembre et la réalité
Deux échéances sont déjà posées : le Forum des affaires franco-tchadien à Paris, le 25 septembre, pour séduire de nouveaux investisseurs ; et le mois de novembre, qui doit marquer le premier véritable suivi du PND. Mais le véritable test sera ailleurs : sur le terrain. Combien de chantiers seront ouverts ? Combien d’emplois créés ? Combien de tonnes de matières premières transformées localement ? Ce sont ces chiffres-là, bien plus que les 446 milliards annoncés, qui diront si le Tchad a enfin franchi le cap.
De l’annonce à l’impact : le fil rouge d’une transformation
Ce que N’Djamena tente de construire, c’est une chaîne de valeur : annonces, financement, investissements, production, emplois, impact. Chaque maillon est fragile, chaque étape est un défi. Mais pour la première fois, le gouvernement semble prendre la mesure de l’enjeu : il ne suffit pas d’attirer les capitaux, il faut les faire circuler dans l’économie réelle. Et pour cela, il faut des banques audacieuses, des entreprises rigoureuses et un État régulateur, mais aussi facilitateur. Les 446 milliards sont une promesse. Leur transformation en usines, en emplois et en revenus est une obligation. Le Tchad n’a pas droit à l’échec.
Tchad24


