Le paysage économique tchadien s’apprête à vivre une mutation symbolique majeure. Ce lundi 19 janvier 2026, les couloirs du Ministère de la Jeunesse et des Sports ont été le théâtre d’une rencontre dont les échos pourraient bien résonner jusque dans les quartiers les plus reculés de nos cités.
Le Ministre Maidé Hamit Lony a reçu le cabinet international ECOFIE pour poser les jalons de la 22ème édition de son prestigieux salon, prévu le 7 février prochain. Si l’événement brille habituellement par ses distinctions de grandes entreprises, une inflexion stratégique semble se dessiner : celle de l’inclusion d’une jeunesse trop longtemps maintenue à la lisière des grandes opportunités financières.
Un pont entre les élites et le Tchad d’en bas

Au-delà de la reconnaissance protocolaire des efforts du Chef de l’État pour l’amélioration du climat des affaires, l’enjeu de cette rencontre réside dans la proposition audacieuse formulée par le Ministre de la Jeunesse. En sollicitant des prix spéciaux pour les jeunes incubateurs et les accélérateurs tchadiens, Maidé Hamit Lony tente de briser le plafond de verre qui sépare les salons feutrés du Radisson Blu de la réalité brute des jeunes entrepreneurs du secteur informel.
Pour ces milliers de jeunes, souvent qualifiés de délaissés, qui innovent chaque jour dans les quartiers de N’Djamena, Moundou ou Abéché, cette ouverture représente plus qu’une simple médaille. C’est une validation institutionnelle de leur résilience. L’impact escompté est clair : transformer la perception de l’entrepreneuriat au Tchad, en passant d’un club fermé d’entreprises établies à un écosystème dynamique où le petit porteur de projet devient un acteur du Plan National de Développement Tchad Connexion 2030.
De l’ombre à la lumière : l’urgence d’une reconnaissance

L’argumentaire défendu lors de cette audience s’appuie sur une nécessité économique impérieuse. Le Tchad ne peut atteindre ses objectifs de relance sans intégrer sa force vive. Les jeunes entrepreneurs, qu’ils soient dans le numérique, l’agrobusiness ou les services de proximité, constituent le véritable moteur de la croissance future. Le Salon ECOFIE, en acceptant d’intégrer ces profils, sort de son rôle de simple observateur de la finance pour devenir un levier de promotion sociale.
Cette initiative doit cependant relever un défi de taille : celui de la représentativité. Il ne s’agit pas seulement de récompenser l’élite formée à l’étranger, mais de dénicher ces génies autodidactes qui, avec des moyens rudimentaires, proposent des solutions locales aux problèmes locaux. Le bas peuple, qui observe souvent ces sommets internationaux avec une méfiance légitime, pourrait y voir un signe de changement si les critères de sélection reflètent la diversité sociale du pays.
Vers une réussite au service de l’intérêt général

L’engagement du Ministère de la Jeunesse à accompagner l’organisation de ce salon témoigne d’une volonté de coordination entre le secteur privé international et la politique publique nationale. L’enjeu n’est plus seulement de célébrer des chiffres d’affaires, mais de valoriser la créativité. En récompensant les accélérateurs et les incubateurs, ECOFIE s’attaque à la racine du développement : la structure d’accompagnement qui permet à une idée de devenir une entreprise pérenne.
Le 7 février 2026 sera donc un test de crédibilité. Si le Salon parvient à mettre en lumière ces jeunes créateurs, il aura réussi le pari de l’unité nationale économique. Dans le cas contraire, il restera un événement de prestige de plus. Mais au sortir de cette audience, l’optimisme semble de mise. Le dialogue est noué, les intentions sont claires et l’ambition de faire de la jeunesse le cœur battant de la relance économique n’a jamais semblé aussi concrète.

