La visite officielle du général Abdourahamane Tiani à Alger, achevée ce lundi 16 février 2026, marque un tournant décisif. Après dix mois d’une crise inédite déclenchée par l’incident du drone malien, Niamey et Alger choisissent la voie du pragmatisme sécuritaire et économique, scellant le retour du Niger sur l’échiquier diplomatique régional.
« Entre Alger et Niamey, la géographie a fini par l’emporter sur la colère. L’axe sahélien se reconstruit au nom du gaz et de la sécurité. », c’est ce qui ressort du premier contact entre les deux pays.Il aura fallu moins d’un an pour que le rideau de fer diplomatique entre Alger et Niamey se lève. Reçu avec les honneurs au palais d’El Mouradia, le chef du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) a affiché une complicité retrouvée avec le président Abdelmadjid Tebboune. Cette visite, la deuxième seulement du général Tiani hors de l’espace de l’Alliance des États du Sahel (AES), souligne l’importance stratégique que Niamey accorde désormais à son voisin du Nord.
La crise d’avril 2025, née de l’interception fatale d’un drone malien par Alger, semble désormais reléguée au rang de « période inhabituelle ». Si le Mali de Bamako campe toujours sur une position de méfiance, le Niger, lui, a choisi de privilégier ses intérêts vitaux.
Les trois piliers du rapprochement
L’analyse des échanges entre les deux délégations révèle une volonté de stabilisation articulée autour de trois axes majeurs. À savoir le retour des projets structurants , avec l’annonce la plus spectaculaire concerne le Gazoduc Transsaharien (TSGP). Après le ramadan, le géant algérien Sonatrach entamera les travaux sur le sol nigérien. Ce projet, véritable serpent de mer de la coopération énergétique, est une bouffée d’oxygène pour l’économie nigérienne et un levier de puissance pour Alger face à l’Europe. Par ailleurs, dans un Sahel en proie à une métastase terroriste, la reprise de la coopération militaire et sécuritaire est cruciale. Alger, qui redoutait un vide sécuritaire à ses frontières sud, retrouve en Niamey un interlocuteur avec qui coordonner la lutte antiterroriste. Bien plus, en accueillant Tiani, Alger réaffirme son rôle de « pivot » en Afrique. En brisant l’isolement relatif du Niger, le président Tebboune se positionne comme le médiateur naturel, capable de traiter avec les régimes militaires là où la CEDEAO ou les puissances occidentales ont échoué.
Un signal fort pour l’AES
Ce réchauffement crée une brèche dans la solidarité absolue de l’AES. Si le Burkina Faso, le Mali et le Niger font front commun face aux pressions extérieures, le pragmatisme nigérien démontre que les intérêts bilatéraux peuvent primer sur la posture de bloc. Niamey prouve qu’il peut rester souverain tout en renouant avec des partenaires historiques jugés indispensables.
« La relation qui unit les deux pays frères et voisins sera un exemple en Afrique », a martelé le président Tebboune.

