Alors que le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Passalé Kanabé Marcelin, présentait ce 29 avril 2026 devant l’Assemblée nationale un état des lieux de l’accès à l’eau, les réalités du terrain dessinent un tableau bien plus contrasté. Derrière les statistiques nationales se cache un pays profondément inégal, où l’accès à l’eau potable devient, dans certaines zones, une source de tensions croissantes.
Le taux national d’accès à l’eau potable est estimé à 63,50 %. Un chiffre en progression, mais qui peine à refléter les profondes inégalités territoriales. Dans les régions de l’Est et du Nord, la situation est critique. La province de l’Ennedi Est affiche un taux alarmant de 11,39 %, suivie du Wadi Fira (23,07 %) et de l’Ennedi Ouest (24,35 %). Ces chiffres traduisent une précarité hydrique extrême. À l’inverse, certaines provinces présentent des taux théoriques supérieurs à 100 %, comme le Kanem (147,86 %) et le Lac (104,03 %). Ce paradoxe s’explique par une concentration des infrastructures, sans pour autant garantir un accès équitable pour l’ensemble des populations. La capitale, N’Djaména, illustre également ces contradictions. Affichant un taux de 42,34 %, elle reste en dessous de la moyenne nationale. Une situation qui a conduit la députée Neloum Mbaïgoto à interpeller les autorités sur les difficultés persistantes de la Société Tchadienne des Eaux.
Quand la rareté de l’eau devient facteur de conflit
Au-delà des chiffres, la crise de l’eau prend une dimension sécuritaire préoccupante. Dans plusieurs localités, des affrontements ont éclaté autour de points d’eau. Dans les zones rurales et pastorales, l’accès aux puits vital pour les populations et le bétail devient un enjeu de survie. Cette pression croissante alimente des tensions communautaires, parfois violentes, transformant la pénurie en véritable facteur de conflit local.
Les réponses de l’État : entre ambitions et limites
Face à cette situation, le ministre de l’eau et de l’energie Passalé Kanabé Marcelin a annoncé plusieurs axes d’intervention. L’intégration de l’énergie solaire dans les nouveaux projets vise à réduire les coûts d’exploitation et à améliorer l’autonomie des systèmes de pompage. Parallèlement, un programme de réalisation de forages modernes et de réhabilitation des infrastructures défaillantes est en cours. Sur le plan sanitaire, si les réseaux publics font l’objet d’un suivi par un laboratoire spécialisé, une faille majeure subsiste : les forages privés échappent largement au contrôle de l’État, exposant ainsi de nombreux foyers à des risques liés à la qualité de l’eau.
Un défi structurel pour l’avenir
Comme l’a rappelé le président de l’Assemblée nationale, Ali Kolotou Tchaïmi, l’intensification des efforts est indispensable. Tant que certaines provinces resteront sous la barre des 15 % d’accès et que des populations devront encore se battre pour un seau d’eau, l’accès à l’eau potable ne pourra être considéré comme un droit acquis. Pour une grande partie des Tchadiens, il demeure encore un privilège.
Jessica Ferring
Tchad24