L’annonce est tombée avec la force d’un décret régional ,la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a levé, avec effet immédiat, l’intégralité des sanctions pesant sur la Guinée. Si la réintégration de Conakry dans le concert des nations ouest-africaines marque un tournant, elle soulève autant d’espoirs économiques que d’interrogations systémiques sur la « jurisprudence Doumbouya ».
Sur le plan strictement économique, cette normalisation est une victoire pour Conakry. Après l’assouplissement des transactions financières en février 2024, la levée totale des verrous permet au pays de renouer pleinement avec les circuits de financement régionaux.
La Guinée retrouve sa capacité de levée de fonds sur le marché des titres publics de la zone.
Pour les analystes, ce « label CEDEAO » rassure les investisseurs internationaux, notamment dans le secteur minier (bauxite et fer), craignant jusqu’ici l’instabilité juridique liée aux sanctions.
Le rétablissement des flux commerciaux et institutionnels devrait stimuler la croissance, alors que le pays tente de diversifier son économie au-delà de l’extraction.
« C’est un signal de stabilité envoyé aux marchés », commente un économiste basé à Dakar. « Mais c’est une stabilité de façade si elle ne s’accompagne pas d’une gestion inclusive des ressources. »
Le regard des experts
Si le climat « apaisé » des scrutins de septembre et décembre est mis en avant par l’organisation, les politologues y voient surtout un exercice de pragmatisme pur et dur. Le score écrasant de 86 % obtenu par le Général Doumbouya, désormais président élu, pose la question de la sincérité du processus démocratique.
Pour de nombreux observateurs de la scène africaine, la CEDEAO a choisi la voie de la moindre résistance. Face aux ruptures brutales avec l’Alliance des États du Sahel (AES), l’organisation ne pouvait se permettre de perdre un autre pilier stratégique comme la Guinée.
Le paradoxe de la transition . Le Général Doumbouya, qui avait initialement promis qu’aucun membre de la junte ne se présenterait, a finalement verrouillé le pouvoir par les urnes.
Les experts pointent du doigt le contraste saisissant entre la satisfaction de la CEDEAO et la réalité du terrain : suspensions de partis politiques, musèlement de la presse et disparitions forcées de voix critiques.
« La CEDEAO valide un fait accompli », explique une chercheuse en géopolitique. « En échange d’un retour à l’ordre constitutionnel même imparfait elle s’offre un allié là où elle risquait une contagion de sécession régionale. »
Un futur sous surveillance

L’appel de la CEDEAO à « intensifier les efforts pour l’État de droit » sonne, pour l’heure, comme une formule diplomatique polie. La Guinée regagne son siège, mais le défi reste immense : transformer une victoire électorale hégémonique en une gouvernance inclusive capable de répondre aux attentes sociales d’une population dont le quotidien reste déconnecté des chiffres de croissance minière.
Le pays est officiellement sorti de sa période de transition, mais pour l’opposition et la société civile, la question demeure : à quel prix cette « paix » a-t-elle été obtenue ?

