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Forum d’affaires France-Tchad : les 5 choses qu’il faut absolument retenir

Lunus Fogap Mis à jour le

Forum France - Tchad
Forum France - Tchad

Organisé dans un contexte de recomposition profonde des relations économiques entre Paris et N’Djamena, ce forum se voulait bien plus qu’une simple rencontre d’affaires. Entre ateliers sectoriels, panels et signatures de protocoles, les participants ont exploré les opportunités offertes par « Tchad Connexion 2030 », vaste plan de développement couvrant l’agro-industrie, les infrastructures, l’énergie, le numérique, la santé et la formation. Mais derrière l’affichage d’une coopération renforcée, cinq enseignements majeurs se dégagent, révélant les ambitions, les défis et les zones d’ombre d’un partenariat en pleine mutation. Tour d’horizon.

  1. Le vrai sujet du forum ? Les 30 milliards de dollars de « Tchad Connexion 2030 »

C’est le chiffre qui donne le vertige : 30 milliards de dollars, soit environ 18 000 milliards de FCFA, pour financer 268 projets et réformes d’ici 2030. Objectif affiché : une hausse de plus de 60 % du PIB et la sortie de 2,5 millions de personnes de la pauvreté. Le Forum de Paris n’était donc pas une simple vitrine diplomatique. Il s’agissait ni plus ni moins de mobiliser le secteur privé autour d’une équation financière gigantesque. N’Djamena ne cherche plus seulement des bailleurs institutionnels : elle veut des entreprises capables d’apporter capitaux, technologies, compétences et capacité d’exécution. Rappel crucial : la table ronde de novembre 2025 avait déjà permis de réunir 20,5 milliards de dollars d’engagements. Le Forum de Paris ouvre la phase suivante, autrement plus délicate : transformer les promesses en investissements réellement décaissés.

  1. Du « pays enclavé » au pays connecté : la bataille des corridors

C’est l’enseignement le moins spectaculaire, mais probablement le plus déterminant pour l’économie réelle. Le Tchad, pays sans accès à la mer, supporte des coûts logistiques qui étranglent la compétitivité de ses entreprises. Le forum a donc mis l’accent sur les routes, l’eau, l’électricité et les corridors reliant le pays aux marchés régionaux. Symbole de cette ambition : le protocole d’accord pour le port sec de Toukra, signé avec Africa Global Logistics (AGL). Objectif : fluidifier le traitement des marchandises et les échanges. AGL est déjà présente via la Société de manutention du Tchad, concessionnaire du port sec de N’Gueli. Derrière les infrastructures, c’est donc le prix du transport, les délais d’acheminement et, à terme, la capacité du Tchad à devenir une plateforme commerciale régionale qui se jouent.

  1. Agriculture, élevage, mines : produire ne suffit plus, il faut transformer

Autre signal fort : le forum ne s’est pas limité au pétrole ou aux grands travaux. Les discussions ont embrassé l’agriculture, l’élevage, la gomme arabique, les ressources minières et le pétrole, avec une préoccupation commune : structurer les chaînes de valeur et augmenter la transformation locale. Illustration concrète : l’accord entre Ceva Santé Animale et le Groupe Kibervet sur les produits vétérinaires, la santé animale et la construction d’un abattoir moderne. Le Tchad dispose d’un potentiel immense dans ce secteur, mais la transformation, la conservation, la chaîne du froid et la normalisation restent des défis majeurs. Le changement de paradigme est clair : il ne s’agit plus seulement d’exporter une matière première ou un animal vivant, mais de créer davantage de valeur au Tchad, avec des entreprises tchadiennes intégrées aux chaînes de production.

  1. Le capital humain, nouvel or du Tchad

C’est peut-être l’enseignement qui concerne le plus directement la jeunesse tchadienne. Plusieurs annonces du forum touchent à la santé, l’enseignement supérieur, la recherche, l’entrepreneuriat et la formation professionnelle. Ellipse Group doit travailler sur des infrastructures sanitaires et la formation de personnels infirmiers. Un projet associé à MOBIS concerne la recherche et l’enseignement supérieur, tandis que MK Formation prévoit une école de l’entrepreneuriat et des formations aux métiers manuels. Ce choix répond à une faiblesse structurelle : l’investissement ne peut produire durablement des emplois si les compétences ne suivent pas. La Banque mondiale le répète depuis des années : capital humain, infrastructures et secteur privé sont les trois piliers d’une croissance inclusive au Tchad. Le forum a donc mis sur la même table deux capitaux trop souvent traités séparément : l’argent pour financer les projets et les compétences pour les faire fonctionner.

  1. La question qui fâche : qui exécutera réellement les projets ?

C’est le principal point de vigilance. Le Forum de Paris a produit des annonces, des protocoles, des partenariats et des pistes d’investissement. Mais un protocole n’est pas une usine, un accord n’est pas un emploi, une promesse d’investissement n’est pas un décaissement. Le véritable test commence donc après Paris. Le Tchad devra améliorer le climat des affaires, sécuriser les financements, faciliter l’accès aux projets, renforcer la participation des entreprises nationales et garantir la transformation des engagements en réalisations concrètes. Le FMI, qui a approuvé en 2025 un programme de 625 millions de dollars sur quatre ans, insiste lui aussi sur la soutenabilité budgétaire et l’amélioration du climat des affaires. Cette exigence d’exécution est d’autant plus forte que les relations économiques franco-tchadiennes restent marquées par une forte asymétrie. Selon les données françaises, les échanges de biens ont atteint 720,9 millions d’euros en 2024, dont 615 millions d’importations françaises depuis le Tchad, contre seulement 105,9 millions d’euros d’exportations françaises vers le Tchad. En 2025, les données estimées font ressortir un volume de 326,5 millions d’euros. Le défi du nouveau partenariat est donc limpide : faire évoluer une relation commerciale encore largement structurée autour des matières premières vers une relation fondée sur l’investissement productif, la transformation locale, les infrastructures, les compétences et les chaînes de valeur.

 Paris, le début plutôt que la fin

Au terme de cette rencontre, le principal enseignement n’est ni le nombre d’entreprises présentes, ni même le nombre d’accords annoncés. Il tient dans une question beaucoup plus concrète : combien de projets sortiront effectivement de terre ? Le Forum d’affaires France-Tchad aura permis de rapprocher les besoins du Tchad et les capacités des entreprises françaises. Il aura placé sur la même table les infrastructures, l’agriculture, l’élevage, l’énergie, le numérique, la santé, la formation et le financement. Pour N’Djamena, l’enjeu est désormais de transformer cette dynamique en investissements, emplois, production et valeur ajoutée locale. Pour les entreprises françaises, il s’agit de convertir les opportunités présentées à Paris en projets économiquement viables. Le vrai bilan du Forum ne se mesurera donc pas à Paris. Il se mesurera à N’Djamena, dans les usines, les fermes, les routes, les hôpitaux, les centres de formation, les plateformes logistiques et les entreprises qui verront ou non le jour dans les prochains mois et les prochaines années.

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Lunus Fogap

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