Humiliés à domicile par le Burundi, les Sao confirment l’état de déliquescence du football tchadien. Au-delà du score, cette défaite met en lumière l’échec d’un modèle sans vision, où discours officiels et réalité du terrain ne se rencontrent plus.
La scène s’est répétée, presque banalement. Une nouvelle défaite. À domicile. Et, avec elle, le même sentiment d’impuissance qui gagne progressivement les tribunes tchadiennes. Le revers concédé face au Burundi, le 27 mars à N’Djamena, n’est pas un simple faux pas. Il est le symptôme d’un mal chronique, installé au cœur du football tchadien. Car au Tchad, perdre n’est plus l’exception c’est devenu une habitude. Sur la pelouse, les Sao ont offert une copie sans relief : jeu stérile, manque d’impact, absence de révolte. Une équipe dépassée, incapable d’imposer son rythme ou de répondre aux défis physiques et tactiques imposés par l’adversaire. Dans les tribunes, la colère a laissé place à une forme de résignation. Comme si le public, usé, n’attendait plus grand-chose.
Une déclaration qui en dit long
Au coup de sifflet final, la réaction du Premier ministre, s’est voulue à la hauteur de la déception nationale : «La défaite concédée face au Burundi est une déception pour toute la nation. Elle fait mal à chaque Tchadien. Nous restons pleinement engagés à vos côtés, mais cet engagement doit se traduire sur le terrain. » Une sortie forte, à la fois politique et émotionnelle. Elle traduit le ressenti d’un peuple humilié sur son propre sol, témoin impuissant de la gifle infligée par les Hirondelles du Burundi. Mais derrière cette indignation, une question s’impose, inévitable : le football tchadien est-il réellement une priorité de l’action publique ? Car si les mots sont là, les résultats, eux, se font attendre. Et depuis des années.
Un système à bout de souffle
Réduire la crise actuelle à une question de performance sportive serait une erreur. Ce qui se joue aujourd’hui dépasse largement le rectangle vert. Le football tchadien souffre d’un mal structurel profond. Gouvernance instable, organisation défaillante, manque criant d’investissements, faiblesse des infrastructures, absence de politique de formation digne de ce nom : les fondations elles-mêmes vacillent. À cela s’ajoute un encadrement technique souvent limité et une planification quasi inexistante. Sur le plan sportif, le constat est tout aussi sévère. Le vivier de joueurs évoluant dans des championnats compétitifs reste extrêmement réduit. Résultat : un déficit d’expérience, de leadership et de culture de la gagne. Dans les moments clés, l’équipe s’effondre. Et lorsque la pression monte celle d’un public exigeant, celle d’un pays en attente de résultats le mental lâche. L’équipe doute. Puis elle cède.
Le piège de la pression politique
Dans ce contexte, l’implication croissante des autorités politiques, si elle peut sembler légitime, n’est pas sans risque. Car elle expose davantage une équipe déjà fragile, en transformant chaque match en enjeu national. La déclaration du Premier ministre, aussi sincère soit-elle, met en lumière une contradiction : comment exiger des résultats sans garantir les conditions structurelles nécessaires à la performance ? Le football ne se décrète pas. Il se construit.
Rompre avec l’improvisation
Aujourd’hui, le Tchad fait face à un choix décisif : poursuivre dans une logique d’improvisation, ou engager enfin des réformes de fond. Celles-ci passent par une refonte de la gouvernance, des investissements durables, une structuration des championnats locaux, et surtout, la mise en place d’une véritable politique de formation. Sans oublier la professionnalisation de l’encadrement et l’accompagnement des talents vers des standards internationaux. Autrement dit : penser le football comme un levier stratégique, et non comme une simple vitrine ponctuelle.
Une nation en attente
Au-delà des résultats, c’est une question de dignité sportive qui se pose. Dans un pays de près de 21 millions d’habitants, passionné de football, l’équipe nationale devrait être un facteur de fierté et de cohésion. Aujourd’hui, elle est devenue le reflet d’un malaise plus large. Reste à savoir si cette énième défaite sera celle de trop celle qui provoquera enfin le sursaut attendu. Ou simplement une défaite de plus, dans une longue série que les Tchadiens commencent, dangereusement, à considérer comme normale.


Tchad24