L’image est forte, presque anachronique. On y voit un ministre de la République, le Pr Abderahim Awat Atteib, troquer le confort des véhicules tout-terrain pour le balancement incertain d’une pirogue artisanale. Ici, dans les profondeurs de la province du Chari-Baguirmi, le bitume n’est plus qu’un lointain souvenir et la géographie impose sa propre loi.
« Le développement ne peut se faire depuis les bureaux climatisés de N’Djamena. Si nos éleveurs et nos pêcheurs vivent ici au quotidien, l’État se doit d’être à leurs côtés, quel que soit le moyen de transport », confie un cadre ministériel.
La mission ne se résume pas à une simple visite de courtoisie. Pour le ministre de l’Élevage et de la Production animale, l’objectif est clair : toucher du doigt la réalité brute de ceux qui nourrissent le pays.
Face à une zone devenue inaccessible par voie terrestre, la délégation n’a pas rebroussé chemin le week-end dernier. Dans un geste de proximité remarqué, le Pr Abderahim Awat Atteib a embarqué à bord d’une embarcation de fortune pour franchir les derniers kilomètres. Ce choix symbolise une volonté de briser l’isolement des zones enclavées.
L’objectif principal de cette descente ministérielle à Bousso est d’optimiser la couverture vaccinale du cheptel en sensibilisant directement les acteurs de terrain. En encourageant les éleveurs à vacciner massivement leurs bêtes contre la PPR et la PPCB, la mission vise à sécuriser la santé animale, pilier de l’économie rurale, tout en instaurant un dialogue direct pour garantir le succès de la campagne de vaccination en cours.
Une immersion dans le quotidien des populations

Une fois à destination, le décor change. L’odeur du poisson séché et le cri des troupeaux accueillent l’autorité. Ce déplacement a permis au ministre de constater les défis majeurs auxquels font face les communautés locales
Il faut noter que l’absence de routes praticables rend l’évacuation des produits de la pêche et de l’élevage complexe et coûteuse. Par ailleurs, les variations du niveau des eaux dictent le calendrier des transhumances et des campagnes de pêche, bien plus, une demande pressante pour des points d’eau modernes et des centres de santé animale de proximité se font attendre.
Une oreille attentive

Sous les hangars de paille, le dialogue s’est installé. Pas de discours protocolaires, mais des échanges directs. Le ministre a écouté les doléances des chefs de campements et des responsables de groupements de pêcheurs. En bravant la boue et les eaux, le Pr Abderahim Awat Atteib a envoyé un signal fort : celui d’un gouvernement qui ne reconnaît aucune zone « oubliée ».
Cette étape dans le Chari-Baguirmi restera comme l’illustration d’une gouvernance de proximité, où la détermination politique l’emporte sur les obstacles naturels.

