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Révélations : les six prétendants, un seul favori – les coulisses du futur vice-président camerounais

Il devait être un simple ajustement institutionnel. Mais le projet de révision constitutionnelle examiné ce 3 avril 2026 par le Congrès camerounais cacherait une tout autre ambition : celle d’une succession sur mesure. Alors que les six noms circulant pour occuper le futur poste de vice-président, du fidèle Premier ministre Joseph Dion Ngute au tout‑puissant Ferdinand Ngoh Ngoh, alimentent toutes les spéculations, un favori s’impose avec une clarté troublante : Franck Emmanuel Biya, fils aîné du président vieillissant. À 54 ans, cet homme de l’ombre, sans mandat électif, pourrait ainsi hériter d’un pouvoir qu’il n’a jamais conquis. Dans une Afrique centrale habituée aux dynasties, du Gabon au Tchad, le Cameroun semble en passe de franchir le Rubicon. Mais cette « modernisation » à huis clos, contestée par une opposition exsangue et une jeunesse assoiffée de renouveau, ne risque‑t‑elle pas de transformer la République en affaire de famille ?

Au sommet de l’État camerounais, un scénario longtemps resté dans l’ombre des pronostics prend une consistance nouvelle. Tandis que le Parlement, réuni en Congrès depuis le 2 avril au Palais de Verre de Yaoundé, examine un projet de révision constitutionnelle qui va bien au-delà d’un simple ajustement technique, les regards se tournent vers un homme dont le nom ne cesse de revenir dans les couloirs du pouvoir : Franck Emmanuel Biya. À 54 ans, le fils aîné de Paul Biya n’a jamais officiellement manifesté d’ambition présidentielle. Pourtant, la création annoncée d’un poste de vice-président, couplée à un mécanisme de succession qui permet au titulaire d’achever le mandat en cours, donne une dimension nouvelle à la question que tous les observateurs retiennent désormais : le chef de l’État, 93 ans, est-il en train de tailler la plus haute fonction de l’État sur mesure pour son fils ?

Une réforme constitutionnelle qui redessine la succession

Le projet de loi n° 2094, daté d’avril 2026, ne se contente pas de rétablir un poste de vice-président, fonction qui avait disparu de l’architecture institutionnelle après le référendum de 1972. Il modifie en profondeur les règles de la vacance du pouvoir. Aux termes du texte soumis aux parlementaires, le vice-président n’est plus seulement un suppléant temporaire : « en cas de vacance de la Présidence de la République pour cause de décès ou de démission, ou en cas d’empêchement définitif dûment constaté par le Conseil constitutionnel, le Vice-Président achève le mandat du Président de la République » Jusqu’ici, cette prérogative revenait au président du Sénat, qui assurait un intérim avant l’organisation d’une nouvelle élection. Avec la réforme, le dauphin désigné par le chef de l’État peut achever un mandat de sept ans sans repasser par l’urne, un changement que le pouvoir justifie par la continuité des affaires et l’économie d’un scrutin jugé coûteux, mais que l’opposition dénonce comme un « mécanisme de dauphinat constitutionnel ».

À ce stade, le texte a été présenté par le ministre d’État, garde des Sceaux, Laurent Esso, devant les députés et sénateurs réunis en Congrès. La session, qui doit s’achever le 5 avril, intervient à un moment particulièrement sensible : Paul Biya a entamé son huitième mandat après une élection contestée en octobre 2025. Pour le régime, l’urgence affichée est de « disposer d’un tandem présidentiel à même de renforcer l’efficacité de la conduite des affaires de l’État ». Pour les critiques, il s’agit d’abord d’un bouclier successoral, destiné à éviter toute instabilité le jour où la question de la transmission deviendra incontournable.

Les six prétendants potentiels à la vice-présidence

Si la réforme est adoptée, le président Biya disposera d’un pouvoir discrétionnaire pour nommer son vice-président, sans contrôle du Parlement ni passage par le suffrage universel. Cette liberté laisse le champ ouvert à plusieurs figures du sérail. Six noms circulent avec insistance dans les cercles politiques, la presse et les réseaux sociaux.

1. Franck Emmanuel Biya – le fils, discret mais central

À 54 ans (né le 21 août 1971), Franck Emmanuel Olivier Biya est le fils aîné de Paul Biya, issu du premier mariage avec Jeanne‑Irène Biya. Longtemps resté dans l’ombre des affaires, diplômé de l’université de Californie du Sud en sciences politiques et économie, entrepreneur dans le secteur forestier puis fondateur d’une société d’investissement, il a vu sa visibilité politique s’accroître depuis le début des années 2020 Sans jamais occuper de fonction officielle, il a participé à des meetings du RDPC en 2011, a été aperçu aux côtés de son père lors de sommets internationaux, et plusieurs médias l’ont présenté comme un « dauphin potentiel ». Une campagne citoyenne anonyme promeut son image depuis plusieurs années, même si Franck Biya a toujours affirmé ne pas être à l’origine de ces initiatives. Dans le débat actuel, son nom revient avec une telle insistance que, pour de nombreux analystes, « une nomination de Franck Biya à la vice-présidence ne surprendrait personne »

2. Joseph Dion Ngute – le premier ministre fidèle

Nommé en janvier 2019, Joseph Dion Ngute est un juriste de formation, âgé de 72 ans (né le 12 mars 1954). Sa longévité au poste de premier ministre témoigne de la confiance que lui accorde Paul Biya. Il a accompagné plusieurs réformes institutionnelles et reste un proche collaborateur du chef de l’État. Son profil de technocrate discret pourrait en faire un choix de transition acceptable pour l’appareil du parti, mais certains observateurs estiment qu’il manque de l’assise personnelle nécessaire pour incarner une succession à long terme.

3. Ferdinand Ngoh Ngoh – le tout‑puissant secrétaire général

Secrétaire général de la présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh est souvent décrit comme l’un des hommes les plus influents du régime, voire comme un « vice‑président de facto ». Âgé d’une soixantaine d’années, il coordonne depuis des années les dossiers sensibles, de la sécurité à la politique intérieure. Il a piloté en coulisses les travaux préparatoires de la révision constitutionnelle. Certains l’imaginent comme un « régent » capable d’assurer la continuité, mais son tempérament de l’ombre et les rivalités avec d’autres figures du sérail pourraient limiter ses chances.

4. Joseph Beti Assomo – l’homme de la défense

Ministre délégué à la présidence chargé de la Défense, Joseph Beti Assomo (né en 1959) contrôle l’appareil sécuritaire et militaire. Ancien gouverneur des régions de l’Extrême‑Nord et du Littoral, il cumule une solide expérience administrative et une proximité avec les forces armées. Dans un contexte où la stabilité du pays dépend aussi de la loyauté de l’armée, son profil est souvent cité pour un poste à haute responsabilité, même si son âge (66 ans) peut être perçu comme un frein à une hypothétique succession à long terme.

5. Osvald Baboke – l’ascension discrète

Osvald Baboke a longtemps occupé des fonctions techniques à la présidence, notamment comme directeur adjoint du cabinet civil. Plus récemment, des listes non officielles le plaçaient à la tête du ministère des Forêts et de l’Environnement. Moins exposé que ses aînés, il bénéficie de la confiance de l’entourage présidentiel. Toutefois, son absence de notoriété nationale et l’absence d’expérience électorale le placent en dehors des favoris, sauf si le président souhaite miser sur un profil jeune et malléable.

6. Philemon Yang – l’homme des institutions internationales

Ancien premier ministre (2009‑2019), Philemon Yang a ensuite représenté le Cameroun aux Nations unies. Sa stature diplomatique et son expérience des hautes fonctions en font un candidat de consensus possible pour assurer une transition ordonnée. Toutefois, à 78 ans, son âge avancé le rapproche de la génération de Paul Biya, ce qui limite sa crédibilité comme solution durable. Il incarne davantage l’option de continuité que celle du renouvellement générationnel.

Une tendance lourde en Afrique centrale

Si l’hypothèse d’une nomination de Franck Biya se confirmait, le Cameroun s’inscrirait dans un schéma déjà éprouvé dans plusieurs pays de la sous‑région. Au Gabon, Ali Bongo a succédé à son père Omar après quarante‑deux ans de règne. En Guinée équatoriale, Teodoro Obiang a installé son fils Teodoro Nguema Obiang Mangue comme vice‑président, en pole position pour lui succéder. Au Tchad, à la mort d’Idriss Déby, c’est son fils Mahamat qui a pris la tête de la transition. Comme le rappelle une analyse de la BBC, « les dynasties politiques sont loin d’être rares » sur le continent, mais « le phénomène est particulièrement ancré dans les pétro‑économies d’Afrique centrale », où les ressources permettent de financer des réseaux de clientélisme et de verrouiller le jeu politique. Le régime camerounais, qui contrôle étroitement l’appareil sécuritaire, le Conseil constitutionnel et le processus électoral, dispose de tous les leviers pour organiser une transition en circuit fermé. « La nomination du vice-président par le président, sans élection, couplée à l’achèvement du mandat, transforme la fonction en un véritable ticket présidentiel », Soulignait récemment un professeur de droit public camerounais. Dans ce cadre, désigner son propre fils n’est pas une rupture : c’est la logique poussée jusqu’à son terme.

Perspectives : un test pour la démocratie camerounaise

L’adoption du projet de révision constitutionnelle ne fait guère de doute. Le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) dispose d’une majorité écrasante dans les deux chambres. Reste l’inconnue la plus politique : l’identité de la personne qui occupera le nouveau poste. Les prochains jours seront décisifs : le vote du Congrès est attendu avant le 5 avril. Ensuite, Paul Biya pourra actionner son pouvoir de nomination. À moins qu’il ne choisisse d’attendre encore, laissant planer le doute comme il l’a toujours fait. Pour l’opposition et une partie de la société civile, l’enjeu dépasse la seule personne du vice-président. C’est la nature du régime qui est en question. « On nous parle de modernisation des institutions, mais nous assistons à un coup de force constitutionnel qui prépare une monarchie héréditaire », résume un responsable de l’opposition sous couvert d’anonymat. Dans un pays où plus de 70 % de la population a moins de 35 ans, l’hypothèse d’une succession verrouillée risque d’alimenter des frustrations déjà vives.

L’histoire constitutionnelle camerounaise a déjà connu des virages majeurs : la révision de 2008 supprimant la limitation des mandats avait été précédée d’un débat tout aussi vif. Cette fois, le pouvoir ne se contente pas d’effacer une contrainte : il construit un accès direct à la magistrature suprême pour le successeur qu’il aura lui‑même choisi. Reste à savoir si ce successeur portera le même nom que le père. En attendant, tous les regards sont tournés vers le Palais de Verre de Yaoundé, où se joue peut‑être, en ce moment, l’un des chapitres les plus importants de l’histoire politique du Cameroun.

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