Le 11ᵉ Sommet des chefs d’État et de gouvernement de l’Organisation des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (OEACP) est entré ce vendredi dans sa phase décisive avec l’ouverture de la session extraordinaire des ministres, après une journée de pré-sommet consacrée à la jeunesse, aux femmes et aux petits États insulaires. Alors que les regards se tournent déjà vers l’arrivée imminente des dirigeants, l’enjeu est immense : pour ce bloc de 79 pays en quête de renouveau, Malabo doit sceller une transformation historique, capable de lui redonner du poids dans un monde en pleine recomposition.
Les allées du Centre de conférence de Sipopo, à l’entrée de la capitale équato-guinéenne, n’ont jamais été aussi animées. Depuis jeudi 26 mars, la cité balnéaire accueille le 11ᵉ Sommet des chefs d’État et de gouvernement de l’Organisation des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (OEACP). Une rencontre que beaucoup veulent historique, tant l’organisation forte de 79 membres doit prouver sa capacité à se réinventer face à des crises mondiales qui s’entremêlent et redessinent les équilibres diplomatiques. Ce vendredi 27 mars, alors que les ministres des Finances et des Affaires étrangères bouclent leur session extraordinaire, l’attention se concentre déjà sur les deux prochains jours : samedi et dimanche, une vingtaine de chefs d’État et de gouvernement sont attendus pour trancher les grandes orientations stratégiques. En filigrane, un enjeu de taille : faire de l’OEACP un acteur géopolitique incontournable, et non plus seulement une héritière des accords de Lomé.
Jeudi 26 mars : la société civile ouvre le bal
Avant même l’arrivée des ministres, la voix des acteurs non étatiques s’est fait entendre. Le pré-sommet, organisé le 26 mars, a vu se tenir trois forums thématiques denses : celui de la jeunesse, celui des femmes et celui des petits États insulaires. Installés dans les salles modulables du complexe de Sipopo, les participants ont planché sur des sujets qui fâchent : l’inclusion réelle des jeunes dans les politiques publiques, la résilience climatique un sujet de survie pour les îles du Pacifique et des Caraïbes et le besoin pressant de financements adaptés. Les recommandations issues de ces travaux, remises hier soir aux ministres présents, nourriront directement la déclaration finale que les chefs d’État adopteront dimanche. La journée s’est achevée par un dîner diplomatique où les échanges informels ont déjà laissé deviner les lignes de clivage et les alliances de circonstance.

Vendredi 27 mars : les ministres préparent le terrain
Dès l’aube, le 27 mars, le Centre de conférence a changé de tempo. Les ministres des États membres ont tenu une session extraordinaire, présidée par le ministre gambien des Finances, Seedy K.M. Keita. À l’ordre du jour : l’adoption des documents préparatoires, l’examen pointilleux du projet de déclaration finale, et l’arbitrage des grandes orientations qui seront soumises aux chefs d’État. Ce travail de fourmi est essentiel. « Les chefs d’État ne doivent avoir devant eux qu’un texte stabilisé, avec des arbitrages déjà esquissés », explique un diplomate présent sous couvert d’anonymat. Dans les couloirs, les discussions portent autant sur les mécanismes de financement de l’organisation que sur sa capacité à parler d’une seule voix lors des grandes négociations internationales sur le climat et l’endettement. Le secrétaire général de l’OEACP, Moussa Saleh Batraki, a supervisé les travaux, rappelant que ce sommet se tient sous le thème fédérateur : « Une OEACP transformée et renouvelée dans un monde en mutation ». Un mantra qui revient dans toutes les interventions, mais dont les déclinaisons concrètes restent à écrire.
Samedi 28 mars : le sommet des chefs d’État s’ouvre sur une table ronde de haut niveau
Si les ministres ont aujourd’hui préparé le terrain, c’est demain samedi 28 mars que les projecteurs se braqueront sur la scène politique. La journée débutera par l’adoption solennelle de l’ordre du jour et la cérémonie inaugurale. Un temps fort est déjà très attendu : la table ronde sur le financement durable, organisée par le roi Mswati III d’Eswatini. Plusieurs chefs d’État sont annoncés pour échanger sur les mécanismes innovants des fonds verts aux instruments de désendettement qui permettraient de soutenir des économies souvent fragiles et peu dotées face aux chocs extérieurs. Dans la foulée, le débat général sera mis en perspective par le président kényan William Ruto, membre de la Troïka du sommet. Selon des sources diplomatiques, son intervention devrait articuler trois axes qui structureront l’ensemble des discussions : La coopération Sud-Sud, pour que les trois régions Afrique, Caraïbes, Pacifique cessent de fonctionner en silos et mutualisent leurs expériences, notamment sur les questions de transformation structurelle. Les partenariats face aux défis climatiques, alors que les petits États insulaires du bloc sont en première ligne de la montée des eaux et des événements extrêmes. La sécurisation des ressources, avec un plaidoyer pour un accès facilité aux financements du développement et une meilleure régulation de l’endettement souverain.

Dimanche 29 mars : des engagements solennels et l’annonce du prochain hôte
La dernière journée, dimanche, sera placée sous le signe de la restitution et de l’engagement. En matinée, un dialogue présidentiel se tiendra dans le cadre du Sommet des affaires, signe que l’OEACP entend mobiliser le secteur privé, trop souvent tenu à l’écart des grandes messes diplomatiques. L’après-midi, plusieurs chefs d’État désignés livreront une synthèse des travaux des forums de la jeunesse, des femmes et des petits États insulaires une manière de sceller la prise en compte de la société civile dans la stratégie du bloc. Le point d’orgue sera l’adoption de la déclaration finale. Ce texte, qui a occupé les ministres toute la journée de ce vendredi, doit entériner une feuille de route précise pour la transformation de l’organisation, avec des échéances et des indicateurs de suivi. Enfin, le rideau tombera sur une annonce très attendue : le nom du pays qui accueillera le 12ᵉ sommet. Un choix lourd de symboles, qui indiquera quelle région portera la dynamique pour les années à venir.
Un test de crédibilité
À l’heure où les crises géopolitiques s’accumulent et où le multilatéralisme est mis à rude épreuve, ce 11ᵉ sommet de Malabo est plus qu’une simple réunion de routine. Pour les 79 États membres, il s’agit d’un test de crédibilité. L’OEACP peut-elle exister comme un bloc cohérent, capable de défendre les intérêts de ses membres face à des partenaires européens en pleine redéfinition de leurs politiques de voisinage, ou face aux puissances émergentes qui courtisent le Sud global ? Les trois jours de travaux à Sipopo tenteront d’apporter une réponse. D’ici là, les ministres achèvent ce vendredi leur travail de préparation, tandis que les hôtels de Malabo s’emplissent de délégations et que le protocole peaufine l’accueil des chefs d’État. Une effervescence qui dit l’importance du moment : pour l’OEACP, l’heure est désormais à la transformation, ou à l’effacement.
Tchad24