L’ombre portée de la guerre soudanaise plane dangereusement sur l’Est tchadien. Dans ce climat de tensions exacerbées, la moindre étincelle médiatique peut embraser les esprits. C’est exactement le but recherché par la récente sortie tonitruante du Général Mahamat Nour Abdelkerim. Cet ancien ministre de la Défense, ex-membre du CMT aujourd’hui rongé par l’exil, a cru pouvoir allumer un brasier en accusant, sur les ondes de Radio France Internationale, le Président Mahamat Idriss Deby Itno de procéder à des « enrôlements forcés d’enfants soldats » pour les envoyer mourir au Soudan.
Une accusation d’une gravité absolue. Une de celles qui, en temps normal, auraient placé N’Djaména sur le banc des accusés de la communauté internationale. Sauf que, comme souvent dans la communication de crise, la vérité a horreur du vide. Et le vide laissé par ces allégations n’a pas duré 48 heures. Pendant que certains médias et activistes hostiles au régime, avides de sensationnalisme, relayaient cette fable avec une complaisance coupable, la machine à déconstruire le mensonge s’est mise en marche de la manière la plus cinglante qui soit : par la voix du principal intéressé.
Le couperet de Khartoum et la souveraineté de Ndjamena
Alors que le général exilé peignait le tableau d’un Tchad transformé en réservoir de chair à canon pour mercenaires, le Général Hemeti, l’homme fort du Soudan et bête noire supposée de ce trafic, a pris tout le monde à contre-pied. Dans une déclaration officielle publiée le 22 février, il a sèchement remis les pendules à l’heure : « Nous n’avons pas besoin de combattants mercenaires du Tchad. » En une phrase, Hemeti a pulvérisé le scénario du complot. Si le chef des Forces de soutien rapide (FSR), que Mahamat Nour Abdelkerim accuse N’Djaména d’alimenter en hommes, dément lui-même, que reste-t-il de l’accusation ? Plus rien, si ce n’est l’odeur d’une manipulation grossière.

Mais la réponse tchadienne ne s’est pas arrêtée à un démenti indirect. Le lendemain, 23 février, le gouvernement, par la voix de son porte-parole Gassim Cherif Mahamat, a pris une décision forte et souveraine : la fermeture immédiate et jusqu’à nouvel ordre de la frontière avec le Soudan. Officiellement, il s’agit de répondre à des « incursions répétées » et des violations du territoire national. Mais l’effet diplomatique est immédiat : comment un État qui ferme hermétiquement sa frontière pour se protéger du débordement du conflit pourrait-il, dans le même temps, organiser un trafic d’êtres humains pour aller y participer ?
En 48 heures, le décor était planté. La « campagne systématique trompeuse » dénoncée par Khartoum trouvait sa conclusion logique dans l’acte de souveraineté de N’Djamena. Le Maréchal Mahamat Idriss Deby Itno était blanchi, non pas par un argumentaire rhabillé, mais par les faits eux-mêmes.
Le portrait-robot du semeur de troubles
Alors, comment comprendre la récurrence de ces accusations infondées ? Selon des sources crédibles jointes par Tchad24, il faut y voir une « entreprise funeste de diffamation » savamment orchestrée, dont l’unique objectif est la déstabilisation du Tchad. Les faits donnent raison à cette analyse. Derrière l’accusateur, il faut savoir regarder l’homme. Une source militaire haut placée dresse de Mahamat Nour Abdelkerim le portrait d’un « ancien rebelle professionnel esseulé et frustré ». Un homme qui, après avoir « trompé sa communauté pour son intérêt propre », cherche aujourd’hui à s’en prendre au chef de l’État. L’analyse est sévère, mais elle pose la question de la crédibilité d’un protagoniste dont le passé est fait de retournements d’alliances.
Sa méthode est rodée : pour rendre son mensonge audible, il utilise la corde sensible de l’ethnie et de l’émotion. Il agite la communauté Tama, déchirée entre le Soudan et le Tchad. Il parle de « 1 137 jeunes vendus », de « 57 tués », des chiffres sortis de nulle part mais qui ont le mérite de frapper les esprits. Un analyste politique spécialiste du Soudan joint par notre rédaction explique cette stratégie : « Des jeunes hommes sont arrachés de leur village, rassemblés tels des bêtes de somme, et envoyés au mouroir du Darfour ». L’imagerie est violente, volontairement animale, pour susciter l’émoi de la communauté internationale et la colère des populations locales.
La clairvoyance d’un Maréchal face au piège ethnique
Face à cette cabale, le Maréchal a opposé une fin de non-recevoir. Et il n’est pas seul. Des voix de la société civile s’élèvent pour saluer cette retenue et cette clairvoyance. Ahmat Haroun Larry, président du Groupe de Réflexion sur l’Avenir et la Construction du Tchad (GRAC-TCHAD), a tenu à apporter son soutien, saluant « l’intelligence, la vigilance et surtout la retenue du président Mahamat Idriss Deby Itno, qui a su décrypter les manœuvres de ceux qui cherchent à transformer le conflit soudanais en un conflit ethnique ». C’est là que réside le véritable enjeu. En accusant le Tchad de recrutement forcé, le général exilé ne cherche pas à protéger des enfants. Il cherche à attiser la haine communautaire, à faire croire que le pouvoir de N’Djamena sacrifie délibérément les fils d’une communauté sur l’autel d’une guerre qui n’est pas la leur.
La réalité, moins spectaculaire mais plus crédible, est celle que décrit notre source militaire : la force mixte tchadienne œuvre chaque jour pour empêcher le débordement du conflit. Elle ne peut empêcher des départs volontaires de petits groupes, mus par des motifs personnels, familiaux ou financiers, qui franchissent la frontière à son insu. Confondre cette porosité inévitable avec une politique d’État est une forfaiture. Le silence de la présidence tchadienne, pour l’instant, n’est pas un aveu. C’est le calme de celui qui sait que la vérité finit toujours par éclater. En l’occurrence, elle a éclaté en 48 heures, portée par les acteurs mêmes que l’on croyait être les adversaires du Tchad. Cette séquence est une leçon. Elle démontre que les artisans du chaos, retranchés derrière des micros et des communiqués vengeurs, ne pourront pas indéfiniment prendre leurs désirs pour des réalités. Le Tchad, jaloux de sa souveraineté et fort de la clairvoyance de ses dirigeants, reste debout. Et les faits, têtus, finissent toujours par rattraper les faussaires de l’information.
Lunus Fogap – Journaliste

