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Trump perd le Congrès, Netanyahu vacille : les limites d’une politique fondée sur la force

En voulant provoquer un changement de régime à Téhéran, Donald Trump et Benjamin Netanyahu entendaient redessiner l'équilibre politique du Moyen-Orient. Mais le pari iranien n'a pas produit la chute espérée du pouvoir iranien. À Washington comme à Jérusalem, c'est désormais leurs propres camps qui sont fragilisés. Les démocrates reprennent les deux chambres du Congrès américain, tandis que le bloc de Netanyahu perd sa majorité parlementaire en Israël. Une double déconvenue politique, sur fond de contestation des choix militaires, diplomatiques, économiques et migratoires des deux dirigeants.

Lunus Fogap

L’histoire politique réserve parfois des retournements particulièrement symboliques. Au début de l’année 2026, Donald Trump et Benjamin Netanyahu affichaient leur volonté de mettre fin au pouvoir de la République islamique d’Iran. Les deux dirigeants avaient ouvertement encouragé les Iraniens à se soulever contre leurs autorités, laissant entrevoir la possibilité d’un changement de régime à Téhéran. Le 28 février, les États-Unis et Israël ont lancé une offensive militaire contre l’Iran. Donald Trump avait notamment appelé la population iranienne à saisir cette occasion pour reprendre le contrôle de son pays. Benjamin Netanyahu avait, de son côté, exhorté les Iraniens à se débarrasser de leurs dirigeants. Mais plusieurs mois après le déclenchement des hostilités, le bilan politique est loin de correspondre aux ambitions initialement affichées. Si les opérations militaires ont profondément bouleversé les rapports de force régionaux, la République islamique n’a pas été renversée. Le changement de régime espéré par les deux alliés ne s’est pas concrétisé. Plus frappant encore, les deux dirigeants font désormais face à leurs propres difficultés politiques. Aux États-Unis, Donald Trump vient de subir une défaite électorale majeure. En Israël, les élections législatives du 27 octobre ont également privé le bloc de Benjamin Netanyahu de sa majorité parlementaire. Avec 53 sièges sur 120, contre 48 pour le principal bloc d’opposition et 19 pour les formations arabes, le Premier ministre israélien se retrouve confronté à d’importantes négociations pour tenter de conserver le pouvoir. Il demeure à la tête d’un gouvernement chargé des affaires courantes, mais son avenir politique est désormais incertain.  L’ironie est saisissante. Les dirigeants qui entendaient provoquer une recomposition politique à Téhéran doivent désormais composer avec une contestation de leurs propres choix et une fragilisation de leurs majorités.

Une déroute électorale qui dépasse les prévisions républicaines

Aux États-Unis, le verdict des urnes est particulièrement sévère pour Donald Trump et son parti. À l’issue des élections de mi-mandat du 3 novembre 2026, les démocrates ont repris le contrôle de la Chambre des représentants et du Sénat, mettant fin à deux années de domination républicaine au Congrès. La victoire prend une dimension historique au regard des territoires concernés. Les démocrates ont notamment réalisé des percées au Texas, au Kansas, en Caroline du Sud et dans l’Iowa, des États où les républicains disposaient pourtant d’importants avantages électoraux. Au Kansas, les démocrates retrouvent un siège au Sénat pour la première fois depuis près d’un siècle. Au Texas, leur victoire constitue également un événement politique majeur. Cette déroute est d’autant plus significative que Donald Trump s’était personnellement impliqué dans la campagne. Multipliant les meetings et les appels à voter républicain, le président avait transformé ces élections en véritable test de confiance à mi-parcours de son second mandat. Le résultat ressemble désormais à un désaveu de sa gouvernance. Les enquêtes réalisées à la sortie des urnes mettent notamment en évidence le poids des préoccupations économiques : près de neuf électeurs sur dix considéraient le coût de la vie comme un facteur important de leur vote. La guerre contre l’Iran, les tarifs douaniers et la perception d’une dégradation du pouvoir d’achat ont également pesé dans les choix électoraux.

La guerre contre l’Iran, un pari militaire devenu un problème politique intérieur

Parmi les décisions ayant contribué à fragiliser le président américain figure incontestablement la guerre contre l’Iran. Présentée comme une opération destinée à neutraliser les capacités militaires et nucléaires iraniennes, l’intervention américano-israélienne a rapidement entraîné des conséquences qui dépassent largement le théâtre des opérations. Les représailles iraniennes, les tensions dans le Golfe et les perturbations du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz ont fait peser de nouvelles menaces sur la sécurité énergétique mondiale. Ce passage stratégique, par lequel transite une part considérable du pétrole et du gaz commercialisés dans le monde, est devenu l’un des principaux points de tension du conflit. Les perturbations des approvisionnements ont alimenté la hausse des prix énergétiques, accentuant les pressions inflationnistes et les difficultés économiques de nombreux pays. Les économies africaines, particulièrement dépendantes des importations de carburants et de certains produits alimentaires, figurent parmi les plus exposées à ces turbulences. Aux États-Unis également, les conséquences se sont fait ressentir à la pompe. L’augmentation des prix des carburants a alimenté le mécontentement des ménages et compliqué la défense du bilan économique présidentiel. Le plus révélateur reste la réaction de Donald Trump après la défaite de son parti. Le président américain a reconnu que la guerre contre l’Iran avait contribué aux mauvais résultats républicains, notamment en raison de la hausse des prix de l’énergie. Pourtant, il a affirmé ne rien regretter et assuré qu’il prendrait exactement la même décision s’il devait recommencer. Il a également reconnu que les démocrates avaient bien mené leur campagne et s’étaient battus efficacement. Une reconnaissance qui contraste avec la fermeté de sa position sur le conflit iranien.

Venezuela : l’interventionnisme américain au cœur des controverses

La politique étrangère de Donald Trump ne se résume toutefois pas au Moyen-Orient. Le Venezuela constitue un autre épisode majeur de cette présidence. Le 3 janvier 2026, une opération militaire américaine à Caracas a abouti à la capture du président Nicolás Maduro et de son épouse, Cilia Flores, transférés ensuite aux États-Unis. L’administration américaine a justifié cette intervention par les accusations judiciaires visant le dirigeant vénézuélien. Mais les conditions de cette opération ont immédiatement soulevé des interrogations sur le respect de la souveraineté nationale et du droit international. Des spécialistes du droit ont notamment contesté la possibilité de justifier une intervention militaire contre un État souverain par la seule existence d’accusations pénales visant son dirigeant. Cet épisode a renforcé les critiques contre une politique américaine privilégiant les interventions directes et les rapports de force, au risque de fragiliser les principes de non-ingérence et de règlement pacifique des différends.

Israël, l’aide internationale et le recul du multilatéralisme

Le soutien de Donald Trump à Israël constitue une autre dimension controversée de son action internationale. Son rapprochement avec Benjamin Netanyahu et son implication dans l’offensive contre l’Iran ont contribué à replacer la politique américaine au centre des tensions moyen-orientales. Cette proximité politique et militaire est toutefois devenue un sujet de débat jusque dans l’opinion américaine. Une partie croissante de la population remet en question le niveau de l’assistance militaire accordée à Israël, particulièrement dans le contexte des conflits régionaux et de la situation humanitaire à Gaza. Le 3 novembre, Donald Trump a lui-même annoncé son intention de mettre fin à l’aide militaire directe annuelle de près de quatre milliards de dollars accordée à Israël. Cette annonce, dont les modalités et les conséquences institutionnelles restent à préciser, illustre la sensibilité politique grandissante de ce dossier aux États-Unis. Elle ne signifie cependant pas la fin de la coopération militaire entre les deux pays.

Autre décision majeure : la réduction considérable de l’aide internationale américaine.

Le démantèlement d’une grande partie de l’USAID et la contraction des financements consacrés aux programmes humanitaires, sanitaires et de développement ont profondément affecté le dispositif traditionnel d’assistance des États-Unis à l’étranger. Selon les données analysées par le Pew Research Center, les décaissements américains consacrés à l’aide étrangère sont passés de 73,5 milliards de dollars en 2024 à 47,3 milliards en 2025, soit une diminution de plus de 26 milliards de dollars. Pour plusieurs pays africains, cette contraction a des conséquences importantes sur les programmes de santé publique, de lutte contre les épidémies, de sécurité alimentaire et d’assistance aux populations vulnérables. Si certains observateurs africains estiment que cette réduction devrait pousser les gouvernements du continent à davantage de responsabilité dans le financement de leur développement, d’autres redoutent une aggravation des vulnérabilités sociales et sanitaires.

Le rapprochement avec Moscou et la rupture progressive avec les partenaires traditionnels

La politique russe de Donald Trump a également suscité des interrogations, notamment en Europe. Sa volonté affichée de renouer le dialogue avec Vladimir Poutine et de rétablir les relations entre Washington et Moscou s’est accompagnée de décisions qui ont provoqué des tensions avec l’Ukraine et plusieurs alliés occidentaux. En octobre, le président américain a notamment suspendu l’application de nouvelles sanctions économiques contre la Russie, pourtant prévues par une loi adoptée avec un soutien bipartisan au Congrès. Dans le même temps, il a accentué la pression sur le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Ces choix ont provoqué des critiques jusque dans les rangs républicains. Plusieurs élus ont dénoncé un affaiblissement de la pression américaine sur Moscou, estimant que cette orientation risquait de renforcer la position de Vladimir Poutine dans la guerre en Ukraine. Pour les opposants à cette stratégie, le problème réside moins dans la recherche d’une solution diplomatique que dans les concessions accordées à Moscou sans garanties suffisantes concernant la sécurité ukrainienne.

L’offensive migratoire, autre facteur de contestation

Sur le plan intérieur, la politique migratoire demeure l’un des marqueurs les plus controversés de la présidence Trump. Élu notamment sur la promesse d’organiser une vaste campagne d’expulsions, le président américain a considérablement renforcé les moyens de l’ICE, la police fédérale chargée de l’immigration. Les opérations de contrôle, les arrestations et les expulsions se sont multipliées, suscitant des critiques concernant les méthodes employées, les conditions de détention et le traitement des personnes sans condamnation pénale. Selon les données compilées par Reuters, les expulsions ont atteint environ 443 000 personnes au cours de l’exercice budgétaire 2025, contre 271 000 l’année précédente. Si le durcissement des frontières reste soutenu par une partie importante de l’électorat républicain, les méthodes d’application de cette politique ont provoqué des tensions dans plusieurs communautés et ravivé les débats sur les droits fondamentaux et le respect des procédures judiciaires. Pour de nombreux opposants, cette politique a progressivement transformé les migrants en cibles privilégiées d’une stratégie de communication et de démonstration de fermeté présidentielle.

Une victoire démocrate accueillie avec soulagement bien au-delà des États-Unis

À l’annonce des résultats, les réactions de satisfaction et de soulagement ont été nombreuses parmi les électeurs démocrates et certains observateurs internationaux. Dans les témoignages recueillis au cours du débat radiophonique consacré à ces élections, plusieurs auditeurs installés aux États-Unis, en France et dans différents pays africains ont exprimé leur satisfaction face à la défaite républicaine. À New York, certains ont évoqué une ambiance festive, estimant que les Américains avaient exprimé leur lassitude face aux méthodes présidentielles. À Marseille, un auditeur a salué un résultat susceptible, selon lui, de limiter les décisions internationales de Donald Trump. À Libreville, Pointe-Noire et Bangui, d’autres intervenants ont exprimé leur espoir de voir la politique américaine évoluer vers davantage de retenue et de coopération. Les critiques ont notamment porté sur la guerre au Moyen-Orient, les expulsions de migrants, l’intervention au Venezuela et la réduction de l’aide internationale. Ces témoignages ne sauraient représenter à eux seuls l’opinion américaine ou l’ensemble des populations africaines. Ils illustrent néanmoins le soulagement exprimé par une partie des observateurs et des citoyens qui voient dans cette défaite un rééquilibrage du pouvoir présidentiel.

Donald Trump face à deux années de confrontation politique

Les conséquences institutionnelles de cette déroute sont considérables. En perdant simultanément la Chambre des représentants et le Sénat, les républicains abandonnent les principaux leviers législatifs qui avaient facilité l’application du programme présidentiel depuis janvier 2025. À partir de janvier 2027, les démocrates pourront renforcer le contrôle parlementaire de l’administration, multiplier les auditions, lancer des commissions d’enquête et demander des comptes sur les décisions de la Maison-Blanche. Ils disposeront également d’une capacité accrue pour bloquer ou ralentir certaines nominations présidentielles et imposer des négociations sur les textes législatifs. La politique étrangère américaine pourrait également faire l’objet d’un examen parlementaire plus approfondi, particulièrement concernant les opérations militaires, les relations avec Israël, l’Ukraine et la Russie. Pour autant, Donald Trump ne perd pas ses prérogatives présidentielles. Il conserve notamment son pouvoir exécutif et son droit de veto. La nouvelle majorité démocrate ne pourra donc pas imposer seule l’ensemble de son programme. Pour le Parti républicain, le revers soulève une question stratégique majeure : faut-il poursuivre une ligne politique étroitement associée à Donald Trump ou chercher à reconquérir les électeurs qui ont pris leurs distances avec le mouvement MAGA ? À deux ans de la prochaine présidentielle, cette défaite pourrait ainsi ouvrir une période de recomposition interne au sein du camp conservateur.

Le changement de régime manqué et le retour du verdict démocratique

Au-delà des rapports de force partisans, les événements de ces dernières semaines dessinent un paradoxe politique particulièrement frappant. Donald Trump et Benjamin Netanyahu ont voulu peser sur l’avenir institutionnel de l’Iran, en allant jusqu’à encourager ouvertement la chute de son régime. Pourtant, la République islamique est toujours en place, tandis que leurs propres camps traversent une période de fragilisation politique. Donald Trump perd le contrôle du Congrès américain. Benjamin Netanyahu, de son côté, doit composer avec une majorité parlementaire introuvable à l’issue des élections israéliennes. Il serait excessif de considérer ces revers comme une conséquence exclusive de la guerre contre l’Iran. Le pouvoir d’achat, les préoccupations économiques, les politiques migratoires et les controverses institutionnelles ont également pesé dans le jugement des électeurs. Mais le conflit iranien a incontestablement contribué à cristalliser les mécontentements, particulièrement aux États-Unis, où ses conséquences économiques sont devenues une préoccupation électorale majeure. L’enseignement est finalement celui d’une politique de puissance confrontée aux limites de ses propres ambitions. Vouloir transformer l’ordre politique chez les autres ne garantit pas de préserver sa propre assise politique. En reprenant le contrôle du Congrès, les démocrates rappellent que, dans une démocratie, le pouvoir présidentiel demeure soumis au jugement des électeurs et à l’existence de contre-pouvoirs. Ceux qui voulaient provoquer la chute du régime iranien se retrouvent ainsi, à leur tour, face à un avertissement politique majeur. À Washington, le verdict est tombé dans les urnes. À Jérusalem, l’incertitude est désormais parlementaire.

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