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Macky Sall jette l’éponge : l’ONU, un rêve brisé par Dakar et l’Afrique ?

Le retrait de l'ancien président sénégalais de la course au secrétariat général des Nations unies, annoncé le 17 octobre 2026 à Marrakech, sanctionne une campagne diplomatique minée par les fractures sénégalaises et l'incapacité de l'Union africaine à parler d'une seule voix.

Lunus Fogap Mis à jour le

Macky Sall

Tout s’est joué en vingt-quatre heures. Le vendredi 16 octobre, le Conseil de sécurité procède à un nouveau vote indicatif dans la succession d’António Guterres, dont le mandat s’achève le 31 décembre 2026. Le verdict tombe, rapporté par plusieurs médias sénégalais : cinq voix favorables, dix défavorables. Un score rédhibitoire pour celui qui ambitionnait de diriger la plus grande organisation mondiale. Car au Conseil de sécurité, le nombre ne fait pas tout. Il faut neuf voix et surtout l’absence de veto des cinq membres permanents (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni). Un obstacle que Macky Sall n’a jamais semblé en mesure de franchir, face à des concurrents mieux placés, dont la Costaricienne Rebeca Grynspan. Le lendemain, depuis Marrakech, l’ancien chef d’État (2012-2024) annonce son retrait. Il invoque un « profond sens des responsabilités » et dit vouloir favoriser l’émergence d’une candidature consensuelle, orientée selon lui vers l’Amérique latine et les Caraïbes, avec la possibilité d’une femme à la tête de l’ONU. Derrière la justification diplomatique, le constat est limpide : l’ambition internationale a échoué.

Dakar, premier front

Pour comprendre cet échec, il faut quitter New York et revenir à Dakar. La candidature de Macky Sall n’a jamais été une simple affaire de diplomatie. Elle s’est engouffrée dans le climat empoisonné de l’après-alternance de mars 2024, entre l’ancien président et les nouvelles autorités issues du Pastef. Le 27 mars 2026, alors que le Burundi porte la candidature à l’échelle continentale, la Mission permanente du Sénégal auprès de l’Union africaine douche les espoirs : Dakar n’a « jamais endossé » cette candidature et n’a pas été associé à l’initiative. Le paradoxe est saisissant un ancien chef d’État candidat à l’ONU, désavoué par son propre pays. Puis le revirement. Le 17 juillet, après une rencontre au palais présidentiel, Bassirou Diomaye Faye apporte son soutien officiel. Le 20 juillet, l’appareil diplomatique sénégalais est mobilisé. Le 24 septembre, le président Faye réitère publiquement cet appui à la tribune de l’Assemblée générale. Un ralliement tardif, destiné à distinguer « les intérêts supérieurs du Sénégal des rivalités partisanes » mais qui n’efface pas des mois d’ambiguïté.

 Le fantôme Sonko

Autre ombre au tableau : les relations entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. Longtemps incarnation d’un même projet de rupture, les deux hommes se sont progressivement éloignés. Soutenir Macky Sall, symbole du « système » tant combattu, devenait politiquement inconfortable pour une partie de leur camp.

L’Union africaine, machine à divisions

Deuxième front : le continent. Le 2 mars 2026, le Burundi d’Évariste Ndayishimiye, alors président en exercice de l’Union africaine, transmet officiellement la candidature aux Nations unies. Mais le 27 mars, vingt États membres rompent la procédure du silence : quatorze formulent des objections, six demandent une prolongation. Le projet de décision soutenant la candidature n’est jamais adopté. Le camp Sall souligne que trente-cinq pays n’ont émis ni objection ni demande de prolongation, et que certaines réserves ont été levées par la suite. Reste le constat politique : l’Union africaine n’a pas réussi à parler d’une seule voix. Un paradoxe amer pour un continent qui réclame régulièrement une réforme de la gouvernance mondiale et une meilleure représentation au sein des institutions internationales.

Et maintenant ?

Le retrait de Marrakech ne signe pas la fin de l’influence de Macky Sall. L’ancien président reste à la tête de son parti, l’Alliance pour la République, et conserve un réseau international dense. Mais l’épisode pèsera sur la manière dont sera jugée sa capacité à transformer expérience et ambitions en projets rassembleurs. Pour l’Afrique, la leçon est plus large : revendiquer une place dans la gouvernance mondiale suppose de savoir construire des compromis en amont, d’anticiper les oppositions et d’identifier des personnalités capables de fédérer. Sans consensus politique, sans soutien diplomatique large et sans capacité à convaincre les grandes puissances, aucune candidature ne peut prétendre diriger les Nations unies.

 

 

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Lunus Fogap

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