Le 15 octobre 1987, Thomas Sankara tombait sous les balles au Conseil de l’entente, à Ouagadougou. Il avait 37 ans. Quatre ans plus tôt, le 4 août 1983, il prenait la tête d’une révolution qui voulait rompre avec les dépendances politiques et économiques. Le 4 août 1984, la Haute-Volta devenait le Burkina Faso, le pays des hommes intègres. Trente-neuf ans après, sa mémoire irrigue toujours le débat politique burkinabè. Et bien au-delà. Dans le contexte de l’Alliance des États du Sahel, créée le 16 septembre 2023, puis de la Confédération des États du Sahel consacrée par le traité de juillet 2024, cette référence acquiert une résonance particulière. Sur les réseaux sociaux et dans les opinions publiques, une perception revient avec insistance. Le Burkina Faso avance plus vite que ses partenaires maliens et nigériens. Il a mieux réussi à rendre visible sa dynamique de transformation. Cette impression pose une question politique fondamentale. Pourquoi le Burkina Faso bénéficie-t-il d’une capacité particulière à donner un sens historique à son projet de souveraineté ? La réponse se trouve dans l’héritage sankariste. La révolution de 1983 a laissé un ensemble de références, de symboles et de principes que les autorités actuelles réactivent avec une efficacité remarquable.
L’idéologie, ou l’avantage d’une révolution qui a laissé des repères
Arrivé au pouvoir le 4 août 1983, Thomas Sankara ne se contenta pas de proposer une alternance au sommet de l’État. Il entreprit de redéfinir les références politiques du pays, son rapport à l’extérieur et la place de ses citoyens dans l’effort de transformation nationale. Le changement de nom de la Haute-Volta en Burkina Faso, le 4 août 1984, fut l’expression la plus visible de cette volonté. Il ne s’agissait pas seulement de remplacer une appellation coloniale, mais d’associer l’identité nationale à une exigence d’intégrité et de dignité. La révolution se voulait sociale, économique et culturelle. Autosuffisance alimentaire, lutte contre les privilèges, promotion du travail, mobilisation populaire, émancipation des femmes, critique de la dépendance extérieure. Sankara leur donna une expression politique particulièrement visible, portée par un discours direct, une forte présence internationale et une volonté de rupture. L’intérêt de cet héritage réside dans la constitution d’un référentiel idéologique auquel les générations suivantes peuvent se rattacher. Lorsqu’un gouvernement burkinabè met en avant la production nationale, la transformation des ressources sur place ou la lutte contre les dépendances économiques, il inscrit ces objectifs dans une mémoire politique déjà identifiable. L’avantage du Burkina Faso est là. Il ne part pas de zéro lorsqu’il s’agit de donner une profondeur historique au discours de souveraineté.
La conscience politique, ou la transmission d’un héritage aux générations suivantes
Une idéologie ne devient une force historique que lorsqu’elle dépasse le cercle de ceux qui l’ont formulée. La révolution de 1983 a organisé cette mobilisation à travers les Comités de défense de la révolution, les campagnes populaires et différentes initiatives visant à impliquer la population dans les objectifs du pouvoir. La mémoire de Sankara a survécu à son assassinat et à la fin de son expérience gouvernementale. Le maintien de cette référence dans les débats publics, les commémorations et les discussions politiques a fait du sankarisme un langage de la souveraineté. Pour des générations entières, il représente l’image d’un dirigeant austère, soucieux de dignité nationale et déterminé à contester les rapports de dépendance. Cette mémoire reste un enjeu de discussion sur le type d’État et de société que le Burkina Faso souhaite construire. Lorsque des idées telles que l’autosuffisance, la lutte contre la corruption ou la valorisation de la production nationale sont déjà associées à une figure historique identifiable, elles sont plus facilement mobilisées dans le débat public. C’est un avantage idéologique considérable. Le Burkina Faso demeure confronté à une crise sécuritaire majeure. Mais l’existence d’un récit national mobilisateur permet de dépasser les slogans et de traduire la conscience politique dans la vie quotidienne. Production agricole, accès à l’éducation, fonctionnement de la justice, création d’emplois, lutte contre la corruption et confiance dans les institutions.
Ibrahim Traoré et la traduction politique d’un héritage
C’est à ce stade qu’intervient Ibrahim Traoré. Arrivé au pouvoir le 30 septembre 2022, après avoir renversé le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, le capitaine a placé la souveraineté nationale, la mobilisation patriotique et la rupture avec certaines dépendances extérieures au centre de son discours politique. La référence à Thomas Sankara lui fournit un cadre historique pour inscrire ces orientations dans une continuité nationale. La réactivation du discours sankariste donne une cohérence symbolique au projet politique actuel. Elle permet de présenter certaines initiatives économiques comme les composantes d’une ambition plus large. Réduire les dépendances, valoriser les ressources nationales et accroître les capacités productives du pays. Les politiques agricoles en offrent une illustration éclatante. Selon la Banque mondiale, la croissance économique du Burkina Faso a été estimée à 5,3 % en 2025, contre 4,8 % en 2024. L’institution souligne également une augmentation de 17,6 % de la production céréalière par rapport à la campagne précédente, soutenue par des conditions pluviométriques favorables et des mesures publiques, notamment dans le cadre de l’offensive agropastorale et halieutique. La même dynamique s’applique au secteur minier et aux autres activités stratégiques. La souveraineté économique suppose de disposer des compétences, des infrastructures, des financements et des capacités industrielles permettant de tirer davantage de valeur des ressources nationales. L’héritage de Sankara devient un instrument de transformation, à condition que la référence idéologique se traduise en institutions et en politiques durables. Ibrahim Traoré dispose d’un avantage symbolique immense. Il peut présenter certaines de ses ambitions comme la poursuite d’une histoire nationale interrompue en 1987. Le défi consiste moins à incarner Sankara qu’à démontrer que l’héritage invoqué produit des résultats que les Burkinabè peuvent durablement constater.
La bataille de la communication. Quand la visibilité devient un facteur de puissance
Il est difficile d’analyser la place particulière du Burkina Faso dans l’AES sans évoquer sa communication politique. Les autorités burkinabè ont mieux réussi que leurs partenaires à présenter leurs ambitions et à faire circuler leur récit politique. La communication joue un rôle déterminant dans la construction d’une dynamique politique. Un gouvernement qui présente ses décisions dans un langage cohérent, mobilise des symboles historiques identifiables et explique régulièrement ses objectifs rend son action plus lisible pour la population. Dans le cas burkinabè, la référence à Sankara contribue à cette cohérence. Elle permet de relier des initiatives parfois très différentes agriculture, ressources minières, formation, infrastructures ou politique extérieure à un même récit de souveraineté. La communication devient alors un mécanisme de mise en cohérence du projet politique. Elle amplifie la portée internationale des décisions nationales. Les réseaux sociaux, les médias et les relais de la diaspora diffusent les images, les discours et les initiatives du pouvoir burkinabè au-delà de ses frontières. L’enjeu n’est pas seulement de raconter la souveraineté, mais de rendre vérifiables les transformations entreprises en son nom.
Mali, Niger, Burkina Faso. Trois pays, trois trajectoires
La comparaison entre les trois membres de l’AES doit être replacée dans leur contexte historique, géographique, économique et sécuritaire. Le Mali, le Niger et le Burkina Faso partagent des défis importants, mais ils ne disposent ni des mêmes territoires, ni des mêmes infrastructures, ni des mêmes ressources, ni des mêmes trajectoires politiques. Le Mali couvre environ 1,22 million de kilomètres carrés et le Niger environ 1,267 million, selon les données de la Banque mondiale. Ces deux pays sont beaucoup plus vastes que le Burkina Faso. Cette différence géographique a des conséquences concrètes. Distances à couvrir, besoins d’infrastructures, difficultés de circulation, coûts logistiques et dispersion des populations compliquent la présence administrative et sécuritaire de l’État. Le contexte sécuritaire est tout aussi déterminant. Les trois pays font face à des groupes armés qui cherchent à étendre leur influence, à perturber les activités économiques et à fragiliser l’autorité des États. Les analyses d’ACLED montrent que les violences ont continué à peser lourdement sur le Burkina Faso, le Mali et le Niger. En 2025, les groupes armés ont intensifié leurs opérations dans plusieurs zones du Sahel central, tandis que les attaques contre les forces de sécurité, les infrastructures et les voies de circulation ont affecté les capacités des États. Le Niger, pour sa part, possède des enjeux spécifiques liés à son territoire, à ses ressources et à son environnement régional. Selon les données de la Banque mondiale, le PIB du Mali s’établissait à environ 26,8 milliards de dollars en 2024, contre 23,1 milliards pour le Burkina Faso et 19,9 milliards pour le Niger. Ces chiffres montrent qu’il n’existe pas de correspondance automatique entre la visibilité politique d’un pays et la taille de son économie. La comparaison doit donc s’appuyer sur des critères précis. Si l’on parle de sécurité, il faut examiner l’évolution des violences, la protection des populations et la capacité de l’État à maintenir une présence durable sur le territoire. Si l’on parle d’économie, il faut considérer la croissance, la production, l’emploi, les investissements et les revenus des ménages. Si l’on parle de souveraineté, il faut étudier la capacité de décision nationale, la maîtrise des ressources, les dépendances stratégiques et la qualité des institutions. Enfin, si l’on parle de mobilisation politique, il faut distinguer les discours officiels, les soutiens exprimés, les pratiques citoyennes et les possibilités de débat.
Le Mali, précurseur d’une dynamique régionale
Le rôle du Mali dans l’évolution politique de l’AES mérite une attention particulière. Les crises politiques et sécuritaires maliennes ont précédé la prise de pouvoir d’Ibrahim Traoré et celle d’Abdourahamane Tiani. Les autorités de Bamako ont ainsi contribué à ouvrir une séquence régionale de remise en cause des partenariats traditionnels et de recherche de nouvelles orientations stratégiques. Cette antériorité ne signifie pas que le Mali aurait nécessairement atteint les mêmes résultats dans tous les domaines. Elle rappelle toutefois que la dynamique actuelle de l’AES ne peut être comprise à partir de la seule trajectoire burkinabè. Le Burkina Faso n’a pas inventé seul le combat politique contemporain pour la souveraineté sahélienne. Il s’inscrit dans un mouvement régional dont les trajectoires se sont influencées mutuellement. Le Niger, lui aussi, doit être analysé à partir de ses propres contraintes et de ses choix stratégiques, plutôt qu’à travers une comparaison exclusivement centrée sur la popularité de son dirigeant. En définitive, l’idée d’une longueur d’avance burkinabè doit être comprise comme une hypothèse portant sur certains ressorts idéologiques et communicationnels, et non comme le verdict définitif d’un classement général entre les trois pays.
De la concurrence des récits à la compétition des résultats
Si le Burkina Faso dispose effectivement d’un avantage dans la mobilisation de son héritage révolutionnaire, la question stratégique est de savoir comment cet avantage pourrait bénéficier à l’ensemble de l’AES. La réponse ne consiste pas à demander au Mali et au Niger de reproduire mécaniquement le modèle burkinabè. Chaque pays doit pouvoir partir de son histoire, de ses institutions, de ses contraintes et de ses ressources. Mais les trois États peuvent transformer leurs expériences respectives en un mécanisme d’apprentissage mutuel. C’est ici qu’intervient l’idée d’une saine compétition entre les membres de la Confédération. Le Burkina Faso comme accélérateur, et non comme modèle imposé. Si certaines initiatives burkinabè produisent des résultats vérifiables dans l’agriculture, la transformation industrielle, la formation ou la mobilisation des ressources nationales, les autorités maliennes et nigériennes pourraient en étudier les mécanismes et les conditions de réussite. Réciproquement, le Burkina Faso pourrait tirer des enseignements des expériences et des capacités de ses partenaires. La compétition serait alors fondée sur les résultats. Qui améliore le plus efficacement l’accès à l’électricité ? Qui réduit les pertes agricoles ? Qui développe les capacités de transformation locale ? Qui améliore la qualité de l’éducation et de la formation professionnelle ? Qui parvient à sécuriser durablement les axes économiques ? Ces questions sont plus productives qu’un classement des dirigeants à partir de leur popularité médiatique. Elles permettraient également d’instaurer des mécanismes d’évaluation communs, avec des indicateurs publiés régulièrement et des objectifs comparables lorsque les contextes le permettent. L’expérience de plusieurs économies d’Asie du Sud-Est offre ici un point de comparaison utile. Des pays comme la Malaisie, la Thaïlande, le Vietnam et l’Indonésie ont suivi des trajectoires différentes, mais leurs économies sont reliées par les échanges commerciaux, les investissements, les chaînes de production et les stratégies d’intégration régionale. Leur développement ne repose pas uniquement sur une compétition entre États. Il s’appuie aussi sur la complémentarité des économies, les infrastructures, les investissements, la formation et l’intégration aux marchés régionaux et mondiaux. Pour l’AES, la leçon n’est donc pas de copier ces pays, mais de comprendre comment la concurrence peut devenir un moteur de coopération.
Mutualiser les ressources et renforcer la puissance de négociation
Le deuxième chantier concerne la souveraineté économique. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger disposent de ressources minières et énergétiques importantes, mais leur présence sur le territoire ne garantit pas, à elle seule, une transformation économique durable. L’enjeu consiste à renforcer les capacités de négociation, à améliorer les retombées locales et à développer les activités industrielles. Les trois États pourraient ainsi examiner les possibilités de coordination de leurs positions dans les négociations portant sur certains contrats miniers, énergétiques ou industriels. Une telle coordination devrait reposer sur des études techniques, une analyse juridique des contrats, une évaluation des marchés et une définition claire des intérêts communs. Elle ne signifie pas nécessairement que tous les contrats doivent être négociés collectivement. Les ressources, les partenaires, les infrastructures et les contraintes de chaque pays diffèrent. En revanche, une coopération ciblée pourrait améliorer les échanges d’expertise et renforcer les capacités de négociation. La même logique vaut pour l’énergie. Le Niger dispose d’importantes ressources en uranium. Mais l’exploitation de cette ressource ne se traduit pas automatiquement par la disponibilité d’électricité à bas coût dans les trois pays. La construction d’une filière nucléaire régionale supposerait des investissements considérables, des compétences spécialisées, des infrastructures, un cadre réglementaire robuste et des garanties de sûreté. À court et moyen terme, la coopération pourrait également porter sur l’interconnexion des réseaux, le développement de l’énergie solaire, le stockage de l’électricité et l’amélioration de l’accès à l’énergie pour les entreprises et les ménages. L’objectif doit rester pragmatique. Sélectionner les projets qui répondent aux besoins réels et dont la faisabilité peut être démontrée.
Faire de l’intégration régionale une réalité pour les populations
La coopération ne devrait pas se limiter aux sommets des chefs d’État et aux déclarations politiques. Elle doit produire des effets concrets dans les domaines de l’agriculture, du commerce, des transports, de la santé, de l’éducation et de la formation professionnelle. Une politique commune de soutien à la transformation agricole pourrait, par exemple, faciliter la circulation des produits, encourager les investissements dans le stockage et la transformation et réduire certaines dépendances alimentaires. Des programmes communs de formation technique pourraient permettre de mutualiser les compétences dans les domaines minier, énergétique, industriel et numérique. La coordination des infrastructures de transport pourrait, quant à elle, contribuer à réduire les coûts logistiques auxquels sont confrontés trois pays enclavés. Ces chantiers exigent des financements, une gouvernance transparente et des mécanismes de suivi. Ils supposent également que les décisions prises au niveau confédéral soient traduites dans les politiques nationales. Le véritable test de l’AES ne sera pas seulement sa capacité à afficher une ambition commune, mais à démontrer que cette ambition améliore les conditions de vie des populations.
Le risque à éviter. Faire de la révolution un récit qui ne tolère plus la contradiction
Il existe néanmoins un risque politique qu’il serait imprudent d’ignorer. Lorsqu’un pouvoir fonde une partie de sa légitimité sur une mémoire révolutionnaire et sur la nécessité d’une mobilisation nationale, il peut être tenté de considérer toute critique comme une contestation de la souveraineté elle-même. Une telle confusion serait contre-productive. La souveraineté d’un État ne se mesure pas seulement à sa capacité à résister aux pressions extérieures. Elle se mesure aussi à la solidité de ses institutions, à la compétence de son administration, à la confiance de ses citoyens et à sa capacité à corriger ses propres erreurs. L’expérience de Sankara montre d’ailleurs que la volonté de transformation ne suffit pas à garantir l’adhésion durable de tous les acteurs sociaux. Les tensions qui ont traversé la révolution rappellent qu’une mobilisation politique peut se fragiliser lorsque les désaccords ne trouvent plus de voies d’expression ou de résolution. La conscience politique ne doit donc pas être assimilée à une adhésion automatique aux décisions du gouvernement. Une population politiquement consciente doit pouvoir soutenir une politique qu’elle juge utile, mais aussi demander des explications, signaler les dysfonctionnements et réclamer des résultats. De même, la lutte contre la corruption exige des mécanismes de contrôle, une justice capable d’agir et des procédures transparentes. L’efficacité de l’État suppose également que les compétences soient valorisées, que les administrations disposent de moyens suffisants et que les politiques publiques puissent être évaluées. Une révolution qui veut durer doit donc se doter de mécanismes lui permettant de distinguer la critique constructive de la désinformation, la responsabilité citoyenne de la manipulation et l’intérêt général des intérêts particuliers. Cette exigence ne contredit pas l’ambition de souveraineté. Elle en constitue l’une des conditions.
Sankara comme héritage, l’AES comme épreuve de vérité
Trente-neuf ans après l’assassinat de Thomas Sankara, le Burkina Faso dispose d’un avantage politique singulier. Une mémoire révolutionnaire qui offre un cadre historique au discours actuel de souveraineté. Cet héritage contribue à rendre certaines ambitions plus lisibles, à renforcer leur résonance dans une partie de la population et à donner une cohérence au récit politique porté par Ibrahim Traoré. Les contraintes géographiques, les trajectoires historiques, les situations sécuritaires, les capacités économiques et les choix institutionnels pèsent également sur les possibilités d’action de chaque État. La notion de longueur d’avance idéologique doit rester une hypothèse à examiner, et non une vérité qui dispenserait de mesurer les résultats. L’essentiel est ailleurs. Sankara a laissé un héritage politique. La responsabilité des dirigeants actuels est de déterminer ce qu’ils peuvent en faire, sans confondre mémoire historique, légitimité politique et efficacité gouvernementale. Pour Ibrahim Traoré, le défi consiste à transformer les ambitions de souveraineté en progrès durables, vérifiables et partagés. Pour le Mali et le Niger, l’enjeu n’est pas de reproduire l’expérience burkinabè, mais de tirer parti de leurs propres ressources historiques et politiques tout en apprenant des initiatives qui fonctionnent chez leurs partenaires. Pour l’AES, enfin, la perspective la plus prometteuse serait de faire de cette diversité une force. Une coopération dans laquelle les réussites des uns accélèrent les progrès des autres, où la compétition porte sur la qualité des politiques publiques et où la souveraineté devient une capacité collective à produire, protéger, former et développer. Le Burkina Faso peut contribuer à cette dynamique. Il ne peut toutefois en constituer à lui seul la garantie. La véritable réussite de l’AES ne sera pas que l’un de ses membres apparaisse plus avancé que les autres. Elle sera que chacun puisse progresser grâce aux expériences, aux compétences et aux réalisations de ses partenaires. C’est à cette condition que l’héritage de Sankara dépassera le registre de la mémoire pour devenir une ressource de développement régional. Car la souveraineté ne se proclame pas seulement. Elle se construit, se mesure et se partage.



