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De retour à N’Djaména : Le Maréchal Mahamat Idriss Déby convoqué devant le tribunal populaire de Facebook, sans avocat ni possibilité de faire appel

Hier, Paris se trompait d’époque. Aujourd’hui, N’Djaména y renoue le dialogue militaire. Entre procès en volte-face, accusations de trahison et impératifs de souveraineté, le retour du Maréchal révèle une vérité que les réseaux sociaux ont parfois du mal à accepter : en diplomatie, les intérêts nationaux ne se résument pas aux slogans.

Lunus Fogap Mis à jour le

Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno

Le Maréchal est de retour ! Mercredi 14 octobre 2026, Mahamat Idriss Déby Itno a regagné N’Djaména après une visite de travail à Paris, où il a rencontré son homologue français, Emmanuel Macron. À l’aéroport international Hassan-Djamous, le protocole était au rendez-vous. Mais sur les réseaux sociaux, le procès avait déjà commencé. Chef d’État à l’arrivée, prévenu politique sur Facebook quelques minutes plus tard : bienvenue dans cette nouvelle République numérique où chaque déplacement présidentiel peut se transformer en audience publique, chaque poignée de main en pièce à conviction et chaque accord diplomatique en chef d’accusation. Le verdict ? Il était presque rendu avant même que l’avion ne touche le tarmac. Son crime présumé ? Avoir renoué le dialogue avec Paris et signé, avec son homologue français, une déclaration d’intention sur la coopération en matière de défense, notamment dans les domaines de la formation, de l’expertise, de l’industrie et des technologies de pointe. Pour certains internautes, le dossier est simple : le président tchadien aurait tourné le dos à ses anciennes déclarations et pris ses distances avec les orientations défendues par ses homologues de l’Alliance des États du Sahel (AES). Pour d’autres, le rapprochement franco-tchadien relève d’un calcul stratégique parfaitement légitime. Entre les deux camps, le débat s’enflamme. Et comme toujours sur Facebook, les procureurs sont nombreux, les avocats rares et les jugements définitifs. Une chose est certaine : en matière de diplomatie, le tribunal populaire des réseaux sociaux ne manque ni de témoins ni de condamnations. Il lui manque parfois une pièce essentielle : le temps d’examiner les intérêts réels du pays.

Hier, Macron se trompait d’époque. Aujourd’hui, les archives ressortent !

Il faut reconnaître que le calendrier offre une matière particulièrement savoureuse aux commentateurs. Mahamat Idriss Déby Itno avait estimé, dans le contexte des tensions franco-africaines, qu’Emmanuel Macron se trompait d’époque. Une formule qui résonnait avec les revendications de souveraineté et les mutations des relations entre la France et ses anciens partenaires africains. Dans le même temps, le Tchad a annoncé, en novembre 2024, la fin de sa coopération militaire avec la France, marquant une rupture importante dans une relation longtemps considérée comme stratégique. Puis, en octobre 2026, changement de décor : les deux chefs d’État se retrouvent à Paris et ouvrent une nouvelle séquence de coopération en matière de défense. Forcément, les archivistes du débat politique se frottent les mains. Les anciennes déclarations ressortent, les captures d’écran circulent et les spécialistes autoproclamés de la cohérence présidentielle reprennent du service. Sur Facebook, certains auraient presque souhaité que le président se présente à l’Élysée avec une pancarte proclamant : « Nous ne sommes pas de la même époque ! », avant de repartir sans serrer la main de personne. Mais la diplomatie ne fonctionne pas comme une dispute de quartier où l’on doit maintenir sa colère pour prouver qu’on a raison. Un désaccord n’interdit pas une négociation. Une rupture n’empêche pas une reprise de dialogue. Et une déclaration politique prononcée dans un contexte donné ne constitue pas nécessairement une interdiction perpétuelle de réexaminer une relation bilatérale. En diplomatie, la cohérence ne consiste pas toujours à répéter les mêmes mots. Elle consiste surtout à poursuivre des objectifs clairs, même lorsque les circonstances imposent de modifier les moyens. Reste une question légitime : qu’est-ce qui a changé, quelles sont les nouvelles conditions du partenariat et quels bénéfices concrets le Tchad peut-il en attendre ? Voilà un véritable débat politique. Il est simplement plus exigeant qu’un montage photographique accompagné d’un point d’exclamation.

Trahison de l’AES : depuis quand la souveraineté impose-t-elle de penser à l’unisson ?

C’est ici que les passions s’échauffent. Le rapprochement entre N’Djaména et Paris est interprété par certains comme un signal de distanciation à l’égard des orientations portées par le Mali, le Burkina Faso et le Niger, réunis au sein de l’AES. D’autres vont plus loin en laissant entendre que le Tchad aurait trahi une cause souverainiste commune. Mais il faudrait d’abord répondre à une question : la solidarité sahélienne exige-t-elle que tous les États adoptent exactement les mêmes choix diplomatiques ? Le Tchad partage avec ses voisins des préoccupations sécuritaires, des défis économiques et une aspiration légitime à davantage d’autonomie stratégique. Mais il possède aussi sa propre géographie, ses contraintes, ses priorités et ses responsabilités. Le Tchad n’est ni le Mali, ni le Burkina Faso, ni le Niger. Il ne peut pas davantage être considéré comme une simple extension diplomatique de Paris. Chaque État doit pouvoir déterminer les moyens les plus appropriés pour défendre sa sécurité et ses intérêts, sans que cette liberté soit automatiquement assimilée à une déloyauté envers ses voisins. À défaut, nous finirions par défendre une souveraineté à géométrie variable : les États seraient libres de choisir leurs partenaires, à condition de choisir les mêmes que nous. Le paradoxe mérite d’être souligné. On ne peut pas réclamer le droit pour les Africains de décider de leur avenir, puis reprocher à un gouvernement africain d’exercer ce droit dès lors que sa décision déplaît à une partie de l’opinion. Cela ne signifie pas que toute décision présidentielle soit nécessairement judicieuse. Ni que le rapprochement avec la France doive être applaudi sans examen. Cela signifie simplement que le choix d’un partenaire ne constitue pas, à lui seul, une preuve de trahison. La vraie question est ailleurs : le Tchad a-t-il négocié en position de force ? A-t-il préservé sa liberté de décision ? Les engagements obtenus correspondent-ils aux besoins de sa population ? C’est sur ce terrain que les choix du pouvoir doivent être évalués.

La Realpolitik, cette discipline qui ne demande pas l’autorisation de Facebook

Il existe une différence fondamentale entre la diplomatie des slogans et celle des intérêts. La première privilégie les déclarations spectaculaires, les postures irréversibles et les démonstrations publiques de fidélité. La seconde examine les rapports de force, les risques, les opportunités et les moyens de préserver les intérêts nationaux. C’est précisément ce que désigne la Realpolitik. Le Tchad évolue dans un environnement sécuritaire complexe, marqué notamment par les menaces transfrontalières, les activités des groupes armés autour du bassin du lac Tchad et les conséquences des crises qui affectent plusieurs pays voisins. Dans ce contexte, la protection du territoire et des populations ne saurait être réduite à une bataille de symboles. La formation des forces de défense, le renseignement, la maîtrise des technologies, la modernisation des équipements et le renforcement des capacités nationales constituent des enjeux concrets. La déclaration d’intention signée à Paris ouvre des perspectives de coopération dans plusieurs de ces domaines. Encore faudra-t-il que les intentions deviennent des engagements opérationnels, que les compétences soient effectivement transférées et que les résultats soient vérifiables. Car une déclaration d’intention n’est ni une victoire militaire ni une garantie automatique de sécurité. Elle n’a de valeur que si elle contribue à renforcer les capacités du pays, sans compromettre son autonomie de décision. Il faut également garder à l’esprit que la France défend ses propres intérêts. Comme toute puissance, elle cherche à préserver son influence, à maintenir des partenariats et à redéfinir sa place dans un environnement africain en pleine transformation. Le Tchad doit faire de même : défendre les siens. Il n’y a aucune raison de considérer que les intérêts français et tchadiens seront toujours identiques. Il n’y a pas davantage de raison de supposer qu’ils ne pourront jamais se rejoindre. Tout l’art de la négociation consiste précisément à identifier les domaines dans lesquels une coopération peut servir les deux parties, sans transformer l’une en instrument des ambitions de l’autre. La souveraineté ne consiste pas à refuser systématiquement de coopérer. Elle consiste à pouvoir coopérer sans renoncer à décider. Et si le rapprochement franco-tchadien permet d’améliorer les capacités de défense du pays, de protéger les populations et de soutenir des objectifs nationaux clairement définis, il devra être jugé à l’aune de ces résultats. Pas au nombre de sourires échangés à l’Élysée.

Le Maréchal a-t-il rétro-pédalé ? Tout dépend de la destination !

L’expression est tentante : après avoir dénoncé une France qui ne comprendrait plus son époque, le président tchadien retrouve Emmanuel Macron pour discuter de coopération militaire. Les amateurs de formules parleront de volte-face. Les plus sévères évoqueront un rétropédalage. Les humoristes, eux, se demanderont si le Maréchal a changé de direction ou simplement de vitesse. Mais une évolution diplomatique ne constitue pas nécessairement une contradiction stratégique. Les circonstances changent. Les menaces évoluent. Les rapports de force se transforment. Les besoins nationaux imposent parfois de réexaminer des décisions antérieures. Encore faut-il que cette évolution réponde à une logique identifiable. Le pouvoir tchadien ne peut pas demander aux citoyens de considérer chaque décision comme une évidence. Il doit expliquer pourquoi ce rapprochement intervient maintenant, quelles garanties ont été obtenues et en quoi il se distingue des arrangements antérieurs. Une diplomatie pragmatique ne dispense pas de rendre des comptes. Elle impose au contraire de justifier les choix par des objectifs précis. Le président peut parfaitement défendre une nouvelle approche de la coopération avec la France. Mais l’argument décisif ne devrait pas être qu’il s’agit d’une initiative présidentielle, ni que ses détracteurs auraient tort par principe. L’argument décisif doit être la pertinence de cette approche pour le Tchad. Si elle permet d’obtenir des résultats concrets, elle pourra être défendue sur cette base. Si elle ne produit que des déclarations solennelles et des promesses sans lendemain, les critiques auront toutes les raisons de demander des explications. En politique, le pragmatisme est une qualité. À condition qu’il ne devienne pas le nom élégant de l’improvisation.

Paris-N’Djaména : les poignées de main ne suffisent pas à faire une politique

Au-delà des querelles numériques, les attentes des Tchadiens restent considérables. Les citoyens veulent vivre en sécurité, accéder à des services publics de qualité, trouver des emplois, voir les infrastructures se développer et bénéficier d’une meilleure répartition des fruits de la croissance. Ils attendent également que les ressources consacrées à la défense contribuent effectivement à la protection des populations. La coopération internationale peut soutenir ces ambitions. Elle ne saurait s’y substituer. Il serait donc prématuré de présenter la visite parisienne comme une victoire définitive, tout comme il serait excessif de la qualifier d’échec au seul motif qu’elle implique la France. Le véritable bilan dépendra des suites données aux engagements annoncés. Le partenariat permettra-t-il un transfert effectif de compétences ? Renforcera-t-il les capacités nationales ? Contribuera-t-il à mieux protéger les frontières et les populations ? Les conditions de coopération préserveront-elles la souveraineté du Tchad ? Ces questions méritent des réponses précises. Car la diplomatie ne se mesure pas uniquement à la qualité des relations entre deux présidents. Elle se mesure aussi à ses conséquences sur la vie quotidienne des citoyens. Le Maréchal est rentré de Paris. Mais le plus difficile commence maintenant : transformer les déclarations politiques en résultats tangibles.

Verdict : coupable de pragmatisme ou défenseur des intérêts nationaux ?

Le tribunal populaire de Facebook peut désormais reprendre ses audiences. Les uns réclameront des explications sur les déclarations d’hier. Les autres défendront le droit du Tchad à diversifier ses partenariats. Certains continueront de parler de trahison, tandis que d’autres verront dans cette visite la preuve que la diplomatie demeure une affaire de calculs et d’intérêts. Le débat est légitime. Les insultes et les procès d’intention ne le rendent pas plus intelligent. Le Tchad n’a pas à choisir ses partenaires pour satisfaire les algorithmes des réseaux sociaux. Il doit les choisir en fonction de ses besoins, de ses contraintes et de ses ambitions. Mais il ne peut pas non plus invoquer la souveraineté comme un argument magique qui mettrait chaque décision à l’abri de la critique. La souveraineté appartient à l’État ; la responsabilité politique appartient à ceux qui le dirigent ; et le droit de demander des comptes appartient aux citoyens. Voilà pourquoi le rapprochement franco-tchadien doit être examiné avec lucidité, sans procès automatique ni applaudissements obligatoires. En définitive, le meilleur moyen de juger cette visite ne sera ni de compter les poignées de main ni de ressortir indéfiniment les déclarations anciennes. Ce sera de vérifier ce que le Tchad en aura obtenu. Car un chef d’État peut changer de méthode sans changer de boussole. Encore faut-il que cette boussole indique toujours la même destination : la sécurité, la souveraineté et le développement du pays. Le Maréchal est de retour. Paris est derrière lui. Le tribunal de Facebook peut continuer à siéger. Mais, au bout du compte, c’est devant les résultats que la diplomatie présidentielle devra comparaître. Et dans cette affaire, il n’existe ni immunité diplomatique ni bouton « ignorer les commentaires » qui puisse remplacer les résultats.

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Lunus Fogap

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