Malabo : quand la foi devient une taxe d’État

Sous le vernis des préparatifs fastueux pour accueillir le pape Léon XIV, la Guinée équatoriale impose un sacrifice financier brutal à ses citoyens. Entre ferveur religieuse et détresse économique, cette visite de paix sème les graines d’une discorde sociale explosive.

À Malabo, les murs se parent d’or pour le Saint-Père pendant que les poches des citoyens se vident sous la contrainte. Ce qui devait être un moment de grâce spirituelle s’est transformé en un impôt forcé qui étrangle les foyers les plus modestes.

Dans les rues de Malabo, l’agitation est fébrile. Mais derrière le coup de pinceau sur les façades, la colère gronde. Pour financer la venue de Léon XIV, le régime de Teodoro Obiang Nguema n’a pas sollicité la charité , il a instauré la ponction. Des fonctionnaires voient jusqu’au quart de leur salaire s’évaporer, une saignée dramatique dans un pays où le coût de la vie ne cesse de grimper, rendant la fin de mois plus incertaine que le salut de l’âme.

L’instrumentalisation d’un symbole de paix

L’aspect religieux, d’ordinaire pilier de la cohésion nationale, devient un vecteur de division. On impose à des militaires musulmans ou à des citoyens agnostiques de financer une idole qu’ils ne reconnaissent pas. Cette instrumentalisation de l’Église par l’État transforme la visite pastorale en un outil de prestige politique, financé par ceux-là mêmes qui peinent à nourrir leurs enfants, bafouant la liberté de conscience au nom d’un accueil « mémorable ».

Sur le plan socio-économique, le contraste est insoutenable. Tandis que les élites préparent les tapis rouges, les étudiants de l’UNGE sont sommés de débourser 10 000 francs CFA pour un uniforme à l’effigie du souverain pontife. Pour un jeune Guinéen, cette somme représente bien plus qu’un bout de tissu : c’est un choix entre l’éducation et la soumission au protocole. « C’est lamentable », souffle Anatolie, témoignant d’une jeunesse qui ne veut plus être le porte-monnaie d’une diplomatie de façade.

La position de l’armée

L’oppression ne s’arrête pas à la porte des casernes. Des officiers de l’armée, piliers du régime, expriment anonymement leur amertume. En touchant au revenu des militaires pour une cause religieuse, le pouvoir joue avec le feu. Historiquement, dans les régimes autoritaires, la frustration des corps habillés est souvent le prélude à des remous bien plus profonds, transformant une logistique de paix en une poudrière sociale.

Le silence habituel, imposé par des décennies de main de fer, commence à se fissurer. Si la critique est d’ordinaire un luxe dangereux sous la présidence d’Obiang, l’absurdité de la situation pousse les langues à se délier. La peur d’être arrêté cède la place à l’urgence de survivre. Ce n’est plus seulement une question de politique, c’est une question de dignité humaine face à une spoliation déguisée en dévotion.

Ainsi, alors que Léon XIV s’apprête à fouler le sol équato-guinéen pour prêcher l’amour et la justice, il trouvera un peuple dont la piété a été monnayée de force. Le risque est réel : que les cris de détresse des prélevés couvrent les chants des chorales. Si le Vatican ne prend pas ses distances avec ces méthodes, cette visite de paix pourrait bien être l’étincelle qui embrasera une colère sociale trop longtemps contenue.

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