CEMAC : le Parlement sort le carton rouge face aux pays « mauvais payeurs »

L’intégration régionale en Afrique Centrale traverse une zone de fortes turbulences. Face à une ardoise qui dépasse désormais les 263 milliards de FCFA, le Parlement de la CEMAC a scellé le sort des États membres défaillants. Entre menaces d’exclusion et prélèvements automatiques à la source, l’heure est au bras de fer pour sauver une institution au bord de l’asphyxie financière.

Selon le Rapport financier de la Commission de la CEMAC présenté lors de la session parlementaire du 2 mars 2026 à Malabo, la situation des arriérés de la Taxe Communautaire d’Intégration (TCI) révèle une fracture profonde entre les États membres, avec une dette globale cumulée s’élevant à 263,38 milliards de FCFA. Le classement des pays, établi du meilleur au plus mauvais payeur, place le Gabon au 1er rang (6,1 milliards de FCFA) comme seul véritable bon élève à jour de ses obligations, suivi de la Guinée Équatoriale au 2e rang (34,1 milliards de FCFA) qui affiche des efforts de régularisation localisés.

En revanche, la zone de turbulences commence avec le Tchad au 3e rang (49,1 milliards de FCFA), dont la dette fragilise l’institution malgré ses impératifs sécuritaires, suivi du Congo au 4e rang (52,2 milliards de FCFA), en situation de retard structurel persistant. Le bas du tableau est occupé par le Cameroun au 5e rang (59,9 milliards de FCFA), dont la défaillance est d’autant plus critique qu’il représente la locomotive économique de la zone, et enfin la Centrafrique (RCA) au 6e rang (61,8 milliards de FCFA), qui détient le record du plus gros stock d’impayés, exposant ces quatre derniers États à des sanctions immédiates de suspension de droit de vote et de prélèvement automatique sur leurs comptes à la BEAC.

Cette taxe, prélevée sur les importations hors-zone, constitue le poumon financier de la Commission. Or, le recouvrement est en chute libre . En 2025, seuls 31,09 milliards de FCFA ont été perçus sur les 51,9 milliards attendus, soit un taux de performance médiocre de 59,9%.

Le Tchad, entre résilience sécuritaire et fragilité budgétaire

Au sein de la zone CEMAC, le Tchad occupe une position complexe et préoccupante. Avec une dette au titre de la Taxe Communautaire d’Intégration (TCI) estimée à 49,1 milliards de FCFA au début de l’année 2026, N’Djamena se classe parmi les débiteurs significatifs de l’institution. Bien que le pays justifie souvent ses retards de paiement par l’absorption de ses ressources dans la lutte contre l’insécurité régionale et le poids de la crise humanitaire à ses frontières, le Parlement de la CEMAC se montre désormais inflexible. L’économie tchadienne, dont la dette publique globale oscille autour de 45% à 50% de son PIB, fait face à une pression accrue .Si les autorités ne régularisent pas leur situation vis-à-vis de la Commission, le pays s’expose non seulement au prélèvement automatique sur ses comptes à la BEAC, mais aussi à une perte d’influence politique majeure lors des prochains sommets. Pour un État qui joue un rôle de pivot sécuritaire en Afrique Centrale, une exclusion des instances de décision communautaires pour « défaut de paiement » constituerait un revers diplomatique et économique sans précédent.

L’impact d’une paralysie programmée

Il faut dire que l’agissement des « mauvais payeurs » ne se limite pas à des colonnes comptables ; il s’agit d’un véritable sabotage de l’intégration régionale. Le 5 février 2026, le président de la Commission, Baltasar Engonga Edjo’o, a dû prendre une décision radicale ,la suspension provisoire des activités non stratégiques. Les conséquences notoires sont entre autres le gel des projets intégrateurs avec des infrastructures routières et énergétiques transfrontalières en arrêt; la suspension des missions de surveillance multilatérale et des réunions techniques; la difficulté de négocier avec des partenaires internationaux (FMI, Banque Mondiale) quand l’institution n’arrive pas à s’autofinancer à hauteur de 50%.

« Sans une mobilisation pleine et entière des États, le rythme des réformes restera en deçà des ambitions politiques affichées », prévient le rapport du Parlement.

Les enjeux

Pour le Parlement il est urgent d’activr deux leviers juridiques majeurs .L’Article 51 (Le « Hold-up » légal) qui autorise le prélèvement automatique des arriérés directement sur les comptes des Trésors nationaux logés à la BEAC. Cela court-circuite le bon vouloir politique des gouvernements et l’Article 52 (Le bannissement) qui indique qu’un État en retard de plus d’un an peut perdre son droit de vote. Après 18 mois, il risque l’exclusion pure et simple de la Communauté.

L’enjeu pour 2026 est la survie du modèle CEMAC. Alors que la dette publique de certains pays comme le Congo (93,5% du PIB) ou le Gabon (72,5% du PIB) dépasse les critères de convergence de 70%, la solidarité régionale est mise à rude épreuve par des égoïsmes nationaux. La mise en œuvre de ces sanctions marquera soit le renforcement de la discipline budgétaire, soit le début d’une fragmentation irréversible de la zone.

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