Privatisation de la SONACIM : pourquoi l’État a préféré 56 milliards aux 36 milliards de FCFA ?

Le Tchad a tranché, et ce n’est pas le plus gros chèque qui l’a emporté. Ce vendredi 27 février 2026, la SONACIM devient officiellement CIMTCHAD sous l’égide du géant marocain CIMAF. Dans les coulisses de cet appel d’offres, un séisme financier , le gouvernement a rejeté une offre de 56 milliards de FCFA au profit d’une proposition à 36 milliards. Entre un candidat jugé « opportuniste » et un partenaire industriel stratégique, le Ministre d’État des Finances et du Budget,Tahir Hamid Nguilin et le Ministre du commerce, Dr Guibolo Fanga Mathieu,ont fait le choix de la durabilité.

C’est la fin d’un suspense qui tenait le secteur du bâtiment en haleine. En cédant les actifs de la Société Nationale de Ciment (SONACIM) au groupe marocain CIMAF, l’État tchadien opère une mue historique. Mais au-delà du changement de logo, c’est la rigueur du processus de sélection qui alimente toutes les conversations à N’Djamena.

Le mirage des 56 milliards de Makarios

L’identité du candidat évincé est désormais au cœur des débats. L’entreprise Makarios avait misé gros, très gros , 56 milliards de FCFA. Soit une plus-value immédiate de 20 milliards par rapport à l’offre de CIMAF. Un pactole qui aurait pu séduire n’importe quel Trésor Public. Pourtant, le couperet est tombé. Pour le gouvernement, cette offre n’était qu’une « coquille vide ».

Derrière les milliards promis, le dossier Makarios présentait des lacunes rédhibitoires. À savoir :zéro plan industriel avec aucune stratégie concrète pour la relance technique des fours de l’usine de Baoré ; l’absence d’expertise, contrairement à CIMAF, leader continental, le candidat n’affichait aucune expérience probante dans la gestion complexe d’une cimenterie ; un risque de spéculation , car la crainte d’un rachat « par appartements » où l’acquéreur aurait pu démanteler l’outil de production pour un profit rapide.

La ligne rouge du gouvernement

Le Ministre du Commerce, Dr Guibolo Fanga Mathieu, a été particulièrement cinglant face aux tentatives de pression du candidat malheureux. Ce dernier avait tenté de justifier son « sérieux » en avançant avoir dépensé 22 millions de FCFA uniquement pour l’envoi de fiches et de dossiers administratifs.

« On ne redémarre pas une cimenterie avec des fiches de communication à 22 millions, mais avec une expertise technique et le respect des droits des travailleurs », a martelé l’entourage du Ministre.

Le point de rupture définitif a été le traitement des employés. Là où le dossier Makarios ignorait totalement le passif social (arriérés de salaires et droits de fin de carrière), CIMAF a intégré une garantie de reprise et de sécurisation des emplois. Pour l’État, sacrifier ses travailleurs pour 20 milliards de bonus était une option inenvisageable.

Le pari de la production de masse

En choisissant l’offre à 36 milliards de FCFA de CIMAF, le Tchad fait le pari du long terme. L’objectif n’est plus seulement de vendre une entreprise publique, mais de saturer le marché. Avec l’expertise marocaine, CIMTCHAD doit devenir le moteur de la baisse des prix du ciment, rendant enfin le logement social accessible au citoyen moyen, peut-on retenir des échanges avec le ministre du commerce ce 27 février 2026.

En préférant le « mieux-disant » industriel au « plus offrant » financier, les autorités tchadiennes envoient un message clair : l’industrie nationale n’est pas à vendre au plus offrant, elle est à confier au plus capable.

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