Réunie en session ordinaire début février 2024, la Commission de la CEMAC a dressé un bilan alarmant de sa santé financière. En dépit des engagements pris lors du sommet des Chefs d’État de mars 2023, les impayés de la Taxe Communautaire d’Intégration (TCI) atteignent désormais le seuil critique de 263,5 milliards FCFA, menaçant la survie de l’institution pour l’exercice 2025.
« Face à l’assèchement sans précédent de nos ressources, la Commission se voit contrainte de suspendre l’essentiel de ses activités opérationnelles, faute de contributions effectives des États membres. »
L’asphyxie financière de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) n’est plus une simple alerte budgétaire, c’est un cas d’école de pathologie étatique. Pendant que le Gabon et le Cameroun maintiennent péniblement le navire à flot, d’autres États membres affichent un insolent « zéro franc » au compteur. Cette désinvolture soulève une question brutale : comment des nations capables de mobiliser des ressources colossales sur les marchés internationaux peuvent-elles faillir à une contribution aussi vitale ?
Le paradoxe est saignant , ces mêmes États, qui plaident l’indigence à Malabo, contractent par ailleurs des emprunts souverains massifs. Trop souvent, la dette ne finance ni les infrastructures transfrontalières, ni l’énergie commune, mais s’engouffre dans les méandres de détournements systémiques. L’absence de reddition de comptes transforme l’emprunt en une rente privée pour les élites, laissant aux générations futures le fardeau d’une ardoise sans investissements palpables.
Le peloton des mauvais payeurs

L’analyse détaillée des contributions révèle un déséquilibre abyssal : alors que Libreville et Yaoundé tentent de maintenir un semblant de perfusion financière, des pays comme la Guinée Équatoriale, le Congo-Brazzaville, le Tchad et la Centrafrique affichent des retards de paiement chroniques, voire une absence totale de versements pour certains exercices. Ces États, dont les économies sont pourtant fortement dépendantes des mécanismes de solidarité régionale, brillent par leur inertie budgétaire. Ce refus de reverser la TCI ,une taxe pourtant collectée aux cordons douaniers sur le dos des consommateurs s’apparente à un détournement de fonds communautaires au profit des trésors nationaux, étranglant ainsi délibérément les organes de la Commission.
L’exigence de transparence ou la faillite
À quoi bon s’endetter si l’argent ne sert qu’à nourrir la corruption ? En refusant de reverser la TCI une taxe pourtant prélevée directement sur les importations ces pays sabotent l’outil de leur propre émergence. Face à ce naufrage, le temps de la complaisance diplomatique doit cesser. Les institutions de financement, comme la BDEAC, doivent désormais passer d’une logique de guichet à une logique de résultat, en exigeant des audits indépendants avant chaque nouveau déblocage de fonds.
La décision radicale du président de la Commission, Baltasar Engonga Edjo’o, de suspendre les activités, est l’électrochoc de la dernière chance. C’est un aveu d’impuissance qui pointe la responsabilité historique des chefs d’État. L’intégration ne se décrète pas ; elle se finance par une discipline budgétaire rigoureuse. Soit les dirigeants acceptent une surveillance accrue de leurs dépenses, soit ils signent l’acte de décès de l’ambition communautaire, laissant le contribuable payer le prix fort d’une solidarité qui n’existe que sur le papier.

