Eau, Réparations Historiques et Gouvernance Mondiale : retour sur les grandes avancées du 39e sommet de l’UA

L’Union africaine conclut son 39e sommet sur un tournant historique, plaçant l’eau au cœur de son développement. À Addis-Abeba, les dirigeants sont allés plus loin en qualifiant l’esclavage et la colonisation de crimes contre l’humanité. Entre revendication d’un siège à l’ONU et lutte pour la stabilité, le nouveau président Évariste Ndayishimiye hérite d’un continent en marche vers la souveraineté.

Les travaux du 39e Sommet de l’Union africaine (UA) se sont achevés le samedi 15 février 2026 dans la capitale éthiopienne, marqués par des décisions structurantes pour le continent. Pendant deux jours, les chefs d’État et de gouvernement ont posé des jalons ambitieux, allant de la reconnaissance des crimes historiques à la revendication d’une place renforcée dans les instances onusiennes, en passant par une mobilisation inédite autour de la question de l’eau.

L’eau au cœur de l’Agenda 2063

Conformément au thème officiel de l’année, « Assurer la disponibilité durable de l’eau et des systèmes d’assainissement sûrs pour atteindre l’Agenda 2063 », les dirigeants africains ont réaffirmé leur volonté de faire de cette ressource une priorité continentale. L’accès à l’eau potable et à l’assainissement a été identifié comme un levier essentiel pour la santé, l’industrialisation et la sécurité alimentaire. Les discussions ont insisté sur la nécessité de mobiliser des investissements conséquents pour combler le déficit d’infrastructures et renforcer la résilience face aux changements climatiques.

Passation de pouvoir et continuité institutionnelle

Sur le plan institutionnel, le président burundais Évariste Ndayishimiye a été désigné président en exercice de l’Union africaine pour un mandat d’un an. Il succède à cette fonction avec la lourde tâche de piloter les dossiers brûlants du continent, dans un contexte géopolitique tendu. Dans son discours d’investiture, il a appelé à l’unité et à la mise en œuvre effective des décisions du Sommet.

Une résolution historique sur la mémoire et la justice

L’un des temps forts de ce 39e Sommet reste l’adoption d’une résolution majeure et historique qualifiant l’esclavage, la déportation et la colonisation de crimes contre l’humanité. Ce texte, longuement négocié, constitue une avancée symbolique et politique majeure. Il ouvre la voie à une possible plateforme africaine de revendications en matière de réparations et de justice réparatrice, posant ainsi les bases d’un nouveau dialogue avec les anciennes puissances coloniales.

Sécurité, gouvernance et stabilité

Fidèles au principe de « tolérance zéro », les chefs d’État ont condamné avec la plus grande fermeté les coups d’État militaires et les changements anticonstitutionnels de gouvernement, qui continuent de menacer la stabilité de certaines régions. Dans cette optique, un renforcement de la coopération entre l’UA, les communautés économiques régionales et la Force africaine en attente a été acté afin d’améliorer la réactivité face aux crises sécuritaires. Par ailleurs, l’implication de l’Union dans la résolution de la crise persistante à l’Est de la République démocratique du Congo a été réaffirmée, avec un appel à la désescalade et au dialogue.

La voix de l’Afrique dans le monde

Le Sommet a également été l’occasion de réitérer une revendication de longue date : l’obtention d’une représentation permanente de l’Afrique au Conseil de sécurité des Nations unies. Les dirigeants ont souligné l’urgence de réformer l’architecture multilatérale pour y accroître le poids du continent, en phase avec sa démographie et son potentiel économique. Sur la scène internationale, l’UA a exprimé sa solidarité avec le peuple palestinien, lançant un appel pressant à la fin des violences et à une solution politique juste et durable.

Économie et intégration régionale

En marge des débats politiques, l’accent a été mis sur l’accélération de la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Considérée comme le moteur de l’industrialisation et de la croissance endogène, la ZLECAf doit désormais s’accompagner d’une stratégie plus offensive de mobilisation des financements africains pour le développement, afin de réduire la dépendance aux capitaux extérieurs. Ce 39e Sommet d’Addis-Abeba laisse entrevoir une année 2026 placée sous le signe de la souveraineté, de la mémoire réconciliée et de la quête d’une prospérité partagée, avec l’eau comme fil conducteur.

Lunus Fogap /Journaliste

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