Le paysage numérique gabonais s’est brutalement figé. Par un communiqué lu dans la soirée du mardi 17 février sur la chaîne nationale Gabon 1ère, la Haute Autorité de la Communication (HAC) a acté la suspension immédiate des réseaux sociaux sur tout le territoire. Entre impératifs de sécurité nationale et grogne sociale, plongée au cœur d’une décision qui secoue l’Afrique centrale.
La décision des autorités de Libreville ne sort pas d’un vide politique. Elle est le résultat d’une collision entre une volonté de contrôle institutionnel et une économie en zone de turbulence. La HAC justifie ce coup d’arrêt par la prolifération de contenus haineux et diffamatoires, accusant les plateformes numériques de passivité face à la désinformation. Pour le président Brice Oligui Nguema, élu en avril 2025, l’enjeu est de protéger l’unité nationale et de prévenir toute déstabilisation des institutions alors que le pays traverse une phase de transition délicate.
Ce qui peut arriver
Ce tour de vis intervient pourtant dans un climat social électrique, marqué par une grève des enseignants qui s’étire depuis plus d’un mois. Avec une dette publique grimpant à 80,4 % du PIB et une note financière dégradée à CCC− par l’agence Fitch, le Gabon vacille sous le poids d’une crise économique profonde. En suspendant l’accès aux réseaux sociaux, le gouvernement semble vouloir freiner la coordination des mouvements de contestation, au moment même où les pannes d’eau et d’électricité exacerbent les frustrations quotidiennes de la population.
Pour la jeunesse gabonaise, dont le taux de chômage culmine à 37 % selon la Banque mondiale, cette mesure est vécue comme une double peine. Privés de leur principal outil d’expression, des milliers de jeunes entrepreneurs, influenceurs et commerçants en ligne voient leurs revenus s’évaporer instantanément. Cette asphyxie de l’économie numérique fragilise une génération qui avait trouvé dans le virtuel un refuge contre l’inactivité, transformant un outil de survie économique en une zone de silence imposé.
Au-delà de l’aspect financier, c’est l’espace de dialogue qui se réduit, forçant les utilisateurs à se tourner massivement vers les VPN pour briser l’isolement. Cette clandestinité numérique illustre la fracture grandissante entre des institutions soucieuses de souveraineté et une jeunesse africaine hyper-connectée qui refuse d’être mise au ban du monde. Le Gabon se trouve désormais à la croisée des chemins : la stabilité d’une nation moderne peut-elle durablement se construire en débranchant son principal canal de communication sociale ?

