Du 16 au 20 février, New Delhi n’est plus seulement la capitale de l’Inde, elle est le centre de gravité du code mondial. Sous l’impulsion de Narendra Modi, l’India AI Impact Summit rassemble le gratin de la Silicon Valley et une vingtaine de chefs d’État, dont Emmanuel Macron, pour dessiner les contours de l’IA de demain.
Dans les couloirs feutrés du centre de conférence de New Delhi, l’effervescence est palpable. L’enjeu de cette semaine dépasse la simple prouesse technique : il s’agit de définir qui, de l’humain ou de l’algorithme, dictera les règles du jeu. Alors que les dirigeants des GAFAM s’affichent aux côtés des chefs d’État, une question hante les débats : ce sommet accouchera-t-il de réelles régulations ou d’une simple opération de communication ? Pour de nombreux observateurs, le risque est de voir les géants de la tech s’auto-édicter leurs propres limites, transformant la gouvernance mondiale en un exercice de « soft law » sans crocs ni griffes.
Le contraste est d’ailleurs saisissant entre l’optimisme affiché par le Premier ministre indien, qui voit en l’IA le moteur de la « décennie indienne », et les mises en garde des experts en éthique. Tandis que l’Inde cherche à consolider son leadership technologique, la société civile s’inquiète du flou artistique entourant les thèmes de « progrès » et de « planète ». Sans mesures contraignantes sur l’empreinte carbone des data centers ou sur la protection des mineurs face aux deepfakes, ces slogans risquent de rester lettre morte, balayés par la course effrénée à l’innovation et à la performance boursière.
La fracture diplomatique, elle aussi, menace de fragiliser l’édifice. Le refus persistant des États-Unis et du Royaume-Uni de signer des cadres trop rigides, par crainte de brider leur compétitivité face à la Chine, crée un précédent délicat. Si Paris et New Delhi plaident pour une IA « éthique », l’absence d’un consensus transatlantique laisse le champ libre à une régulation à deux vitesses. À l’heure où les algorithmes redéfinissent déjà le travail et la création, le sommet de New Delhi ressemble à une dernière chance de reprendre le contrôle avant que la technologie ne s’affranchisse totalement de la main du législateur.
L’Analyse du Tech-Lead
L’Inde joue une carte maîtresse avec sa main-d’œuvre. Avec le plus grand vivier d’ingénieurs au monde, Delhi veut transformer l’IA d’un outil de domination en un levier de progrès.
Cependant, le spectre d’une Guerre Froide Technologique plane. Entre les annonces boursières euphoriques et la réalité technique (protection des mineurs, cybersécurité), le sommet de New Delhi confirme que le code est devenu l’arme diplomatique numéro un.
« La souveraineté numérique n’est plus une option, c’est le système d’exploitation de la géopolitique moderne. »

