Alors que les ressources naturelles abondent de l’autre côté de la frontière, un paradoxe économique frappe l’Afrique Centrale : les jeunes investisseurs et étudiants tchadiens délaissent les terres de N’Djaména pour bâtir leur avenir sur le sol camerounais. À Maroua, chef-lieu de la région de l’Extrême-Nord, le secteur immobilier ne respire plus que par les capitaux venus du Tchad.
Le Cameroun demeure, en 2026, la destination privilégiée de la mobilité académique tchadienne. Selon les données récentes des ministères de l’Enseignement Supérieur, on estime à près de 70 000 le nombre d’étudiants tchadiens inscrits dans les universités camerounaises. À l’Université de Maroua, ils représentent par endroits plus de 15 % à 20 % des effectifs de certaines facultés (notamment en Mines, Gestion et Médecine).
Cette concentration humaine a créé un besoin immédiat en logements, transformant les étudiants d’hier en investisseurs d’aujourd’hui.
Maroua un capital tchadien
Il suffit de parcourir les quartiers de Maroua pour constater l’ampleur du phénomène. Des quartiers entiers voient sortir de terre des mini-cités modernes et des villas de haut standing financées par des ressortissants tchadiens.
Dans cette ville de l’extreme-nord du Cameroun, cité capitale, de nombreux jeunes diplômés tchadiens, soutenus par leurs familles, préfèrent construire des studios et appartements plutôt qu’à N’Djaména ou Moundou. Bien plus, les investissements s’étendent à l’hôtellerie et aux services de logistique.
Pourquoi investir ailleurs malgré les ressources nationales ?
Le Tchad possède pourtant un vaste territoire et des ressources pétrolières et minières considérables. Pourquoi ce désamour pour la terre natale ? Les causes identifiées par les analystes économiques sont multiples. Plusieurs indique la stabilité et la sécurité foncière. Car pour eux, le Cameroun, malgré certains défis, offre un cadre juridique foncier jugé plus prévisible. À Maroua, l’obtention des titres de propriété et la protection des investissements semblent plus sécurisantes pour la diaspora tchadienne.
Certains parlent du coût de la construction. Selon eux, « les matériaux de construction (ciment, fer, agrégats) sont nettement moins onéreux au Cameroun qu’au Tchad, où l’enclavement renchérit chaque sac de ciment importé ».
D’aucun affirme qu’il s’agit d’une question de proximité et brassage culturel. En fait, « la proximité géographique (moins de 250 km entre N’Djaména et Maroua) et les liens ethniques transfrontaliers facilitent une intégration économique naturelle ». Pour Wanki Francis, économistes résidant à Maroua, » Il y a une rentabilité locative. La forte demande créée par la population estudiantine garantit aux propriétaires tchadiens un retour sur investissement rapide et régulier en francs CFA, une monnaie commune mais circulant plus fluidement dans le circuit commercial camerounais ».
Un paradoxe qui interpelle
Cette « fuite de capitaux » constructive montre que la jeunesse tchadienne est entreprenante, mais qu’elle cherche avant tout un climat des affaires serein. « Au Tchad, nous avons le terrain et l’argent du pétrole, mais au Cameroun, nous avons la tranquillité de voir notre immeuble se construire sans tracasseries majeures », confie un jeune promoteur tchadien installé à Maroua.
Alors que Maroua se transforme sous l’impulsion de ces capitaux étrangers, le défi pour les autorités tchadiennes reste entier : comment rassurer et séduire ses propres enfants pour qu’ils bâtissent, enfin, chez eux ?

