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Pékin 2026 : la Chine et l’Afrique jouent leur partition dans la bataille des récits

Ils sont venus parler de télévision et de radio. Mais à Pékin, le 7e Forum Chine-Afrique a révélé une bataille plus sourde : celle des images et des récits. Face à l’IA et aux plateformes, Africains et Chinois veulent désormais raconter leur histoire sans filtre. En coulisses, un enjeu de taille : reconquérir la narration pour peser dans la guerre d’influence mondiale.

7e Forum Chine-Afrique

Pékin, fin août 2026. Dans les allées feutrées du forum, les délégations africaines attirent les projecteurs. Mais sous les formules protocolaires, une bataille plus intime se joue : celle des images, des mots et de l’influence. Pour cette septième édition, la mobilisation est inédite : près de 400 représentants de 45 pays africains, dont 33 ministres, ont fait le déplacement. Un signe que le temps des simples échanges de programmes est révolu. Le thème « Partager de nouvelles opportunités de développement, créer ensemble un nouvel avenir pour l’audiovisuel » dit tout. Pékin et ses partenaires africains veulent désormais coproduire, diffuser massivement, et bâtir des passerelles technologiques dans un secteur chamboulé par les plateformes et l’IA. L’enjeu ? Ne plus subir les récits, mais les façonner.

80 réalisations et une déclaration commune

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 80 accords de coopération dans la radio, le cinéma, la télévision et l’audiovisuel ont été bouclés. Une déclaration commune engage les parties à renforcer la production de contenus, les échanges de programmes, les nouvelles technologies et la formation des jeunes. Fini le temps où la coopération se résumait à des dons d’équipements. Place à la création conjointe, aux formats courts, aux micro-séries, aux traductions et à l’intelligence artificielle. Car l’IA pose une question brûlante : comment les médias africains et chinois peuvent-ils l’adopter sans perdre la maîtrise de leur narration ? En Afrique, il ne s’agit plus seulement d’accéder aux outils techniques, mais de raconter ses transformations, ses cultures et ses succès avec ses propres voix. Le récit est devenu un enjeu de souveraineté.

Un soft power sous les projecteurs

La Chine, partenaire économique historique, investit massivement dans les infrastructures numériques et les télécoms. La coopération médiatique est le prolongement naturel de cette présence. Mais Pékin n’est pas seul sur ce terrain : la bataille pour l’influence informationnelle fait rage. Pour les pays africains, l’équation est délicate : tirer parti des technologies et des investissements chinois tout en renforçant leur autonomie éditoriale. Le défi n’est pas de choisir entre la Chine et d’autres partenaires, mais de bâtir une industrie audiovisuelle assez solide pour négocier d’égal à égal. Derrière les caméras, c’est un marché qui se dessine : cinéma, séries, animation, jeux vidéo, streaming, musique, formation. La coopération Chine-Afrique pourrait bientôt embrasser toutes les industries culturelles et créatives. Pour un continent confronté à une explosion démographique de sa jeunesse, former des scénaristes, réalisateurs, monteurs et développeurs est à la fois un levier d’emploi et un instrument de rayonnement. La jeunesse est d’ailleurs au cœur du nouveau plan, avec des échanges de talents et des initiatives de co-création.

Le commerce s’invite dans les médias

Depuis le 1er mai 2026, Pékin applique des droits de douane nuls à l’ensemble des lignes tarifaires pour les 53 pays africains avec lesquels il entretient des relations diplomatiques. Résultat : en mai et juin, les importations chinoises en provenance d’Afrique ont bondi de 23,5 %, à 193,8 milliards de yuans (environ 28,7 milliards de dollars). Avocats, pommes, oranges, et surtout café, tirent cette dynamique. Le café africain illustre parfaitement le lien entre médias et commerce. À Kunshan, dans la province du Jiangsu, des journalistes africains ont pu voir comment la filière se transforme : torréfaction, distribution, équipements, tourisme. L’entreprise Cafebreak, citée dans les rapports, importe chaque année plus de 10 000 tonnes de café d’Éthiopie, d’Ouganda, de Tanzanie et du Kenya. Mais cette ouverture pose une question cruciale : vendre davantage, oui, mais vendre quoi ? Du grain brut, des fèves, ou des produits transformés et valorisés sur le continent ? Le débat dépasse le café : il concerne le cacao, les fruits, les matières premières. L’Afrique doit conserver davantage de valeur ajoutée sur son sol.

Un partenariat à l’épreuve du terrain

Le 7ᵉ Forum aura surtout montré une évolution majeure : la coopération ne se limite plus à la fourniture d’équipements ou à la diffusion de programmes. Elle s’attaque à la création, à la technologie, à l’IA, à la formation et aux chaînes de valeur économiques. Reste une question essentielle : ces engagements se traduiront-ils durablement dans les rédactions, les studios, les écoles de journalisme et les industries créatives africaines ? La réponse ne tiendra pas au nombre de déclarations signées, mais à la capacité des partenaires à transformer ces promesses en projets concrets, financés, mesurables et surtout équilibrés. Car l’enjeu du forum de Pékin tient en une phrase : il ne suffit plus de raconter l’amitié sino-africaine. Il faut désormais donner aux Africains et aux Chinois les moyens de raconter eux-mêmes, ensemble, le monde qui vient. Dans cette bataille des récits, les caméras pourraient bien devenir aussi stratégiques que les infrastructures.

NGAKOUTOU Mathurin

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