12 % d’accès à l’énergie au Tchad: entre promesses de milliards et réalité de bougies

Alors que le monde bascule dans l’ère de l’intelligence artificielle et de l’industrie décarbonée, le Tchad semble figé dans une pénombre anachronique. En 2025, avec un taux d’électrification stagnant à 12 %, le pays accuse l’un des bilans les plus critiques du globe. Derrière ce chiffre, le rapport Tracking SDG 7 de la Banque Mondiale révèle une fracture abyssale ,plus de 80 % de la population vit encore au rythme de la bougie. Ce n’est pas seulement un retard technique, c’est un étouffoir socio-économique qui condamne le cinquième pays le plus vaste d’Afrique à une forme de marginalité industrielle.

L’absence de courant fiable agit comme un frein structurel sur l’entrepreneuriat tchadien. Comment transformer le coton, la viande ou la gomme arabique , piliers de l’économie locale , quand la chaîne du froid est inexistante et que le coût du kilowatt-heure thermique est prohibitif ? Selon les données de la CEMAC, le coût de production au Tchad est l’un des plus élevés de la sous-région, dépassant souvent les 125 FCFA/kWh, contre moins de 80 FCFA chez certains voisins mieux dotés en hydroélectricité. Sans énergie compétitive, il n’y a pas de valeur ajoutée ; le Tchad reste prisonnier de l’exportation de matières premières brutes, perdant chaque année des points précieux de croissance.

Le Tchad au bas du classement

Au sein de ce classement de 54 nations, le Tchad occupe une position alarmante de « mauvais élève », se classant au 52ᵉ rang, juste devant le Burundi et le Soudan du Sud. Avec un accès à l’énergie qui reste un luxe pour la vaste majorité de sa population, le pays illustre l’urgence climatique et sociale du bas du tableau, là où la moyenne nationale peine à suivre la cadence des voisins d’Afrique centrale. Alors que les champions du Nord consolident leur souveraineté énergétique, le Tchad, ainsi que le Malawi et la Centrafrique, font face au défi monumental de transformer leurs politiques énergétiques pour sortir des profondeurs d’un classement où l’électricité demeure l’exception plutôt que la règle.

La gestion

Le problème ne réside pas uniquement dans la production, mais dans une gestion systémique défaillante. La société en charge de production d’Électricité lutte contre des infrastructures vétustes où les pertes techniques et commerciales atteignent près de 30 %. Les rapports d’audit pointent une lourdeur bureaucratique et un manque de transparence qui découragent l’investissement privé. À N’Djamena, l’électricité est un luxe intermittent rythmé par des délestages chroniques ; dans les provinces, elle relève souvent du mirage. Cette gestion défaillante crée un cercle vicieux . La société en charge de distribution d’Electricité du pays, en difficulté par rapport recouvrement de ses coûts, ne peut investir dans la maintenance, aggravant la précarité du réseau.

Le gisement solaire inexploité

Pourtant, le ciel tchadien offre une solution gratuite et inépuisable. Avec une irradiation dépassant les 2 500 kWh/m²/an, le pays possède l’un des meilleurs gisements solaires au monde. Si des projets comme Djermaya (60 MW) ou les accords avec AMEA Power montrent une volonté politique, le passage de la signature à l’allumage effectif est freiné par des lenteurs administratives. Le Tchad est au cœur de l’initiative Desert-to-Power, mais la transition vers le renouvelable avance à pas de tortue, laissant le pays dépendant de centrales thermiques gourmandes en gasoil importé, un non-sens écologique et financier.

Des financements sous conditions de réformes

L’argent ne manque pas théoriquement . Car, des milliards de dollars sont mobilisés via la Mission 300 (Banque Mondiale/BAD). Cependant, les décaissements « traînent ». Pourquoi ? Les bailleurs exigent des réformes structurelles notamment la séparation des activités de production et de distribution que les institutions locales peinent à implémenter. De plus, le projet phare d’interconnexion PIRECT avec le Cameroun, censé apporter une énergie propre et moins chère, subit des retards logistiques et sécuritaires. Pour capter ces fonds, le Tchad doit rassurer par une gouvernance plus rigoureuse et une transparence accrue dans l’attribution des marchés énergétiques.

L’urgence d’une révolution de la lumière

Le temps de l’observation est révolu. Le plan « Chad Connexion 2030 » ne doit pas rester une simple promesse de papier. Électrifier le Tchad, c’est permettre à une écolière de réviser ses leçons, à un hôpital de sauver des vies et à une industrie locale de naître enfin. La solution passe par une accélération radicale. Libérer le secteur privé, investir massivement dans les mini-réseaux solaires décentralisés pour les zones rurales et finaliser les interconnexions régionales. Pour que le Tchad sorte de l’ombre, il doit transformer son soleil en moteur de croissance.La lumière n’est plus un confort, c’est une exigence de dignité nationale.

Le classement africain

Il faut noter que le paysage énergétique africain, actualisé en juillet 2025, révèle une fracture profonde entre les régions. En tête de peloton, l’Afrique du Nord affiche une réussite exemplaire avec l’Algérie qui atteint un taux d’électrification de 100 %, suivie de près par l’Égypte, le Maroc et la Tunisie. À l’opposé, l’Afrique subsaharienne peine encore à éclairer l’ensemble de sa population malgré une progression constante, passant de 25,65 % en 2000 à 53,26 % en 2023. Cette dynamique continentale cache cependant des disparités régionales marquées, où l’Afrique de l’Ouest et centrale stagne autour de 54 %, illustrant la difficulté de stabiliser les infrastructures de base dans les zones à forte croissance démographique.

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